Des combattants de la LRA. Photo AP

Alors que les populations du territoire de Niangara dans le district du Haut-Uélé, au nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), se préparaient aux festivités de Noël et du Nouvel an, les miliciens de Joseph Kony les ont attaquées par surprise et ont massacré une centaine d’habitants et enlevé plus de 270 personnes. Ce n’est que dix jours plus tard qu’une quarantaine de soldats des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) a été déployée dans cette localité. Pendant ce temps, les victimes n’ont reçu aucune assistance humanitaire.

Correspondance particulière.

Les rebelles ougandais de la Lord’s Resistance Army (LRA) ont fait une incursion du 13 au 14 décembre 2009 dans la localité de Tapili dans le territoire de Niangara, au nord-est de la RDC, en traversant la rivière Uélé depuis la rive droite avec la complicité d’un piroguier. Les miliciens, au nombre d’une trentaine, ont promis à leur complice une énorme somme d’argent. Ils se sont dirigés vers le lieu appelé communément «Mabanga ya talo», un site situé le long de la rivière Uélé, non loin de la paroisse Saint-Paul de Tapili. C’est ici que les combattants de Joseph Kony ont massacré une centaine de personnes dont les corps n’ont pas été ensevelis. Plus de 270 personnes ont été enlevées pour transporter leur butin et qui serviront comme miliciens ou esclaves sexuels.

La paroisse Saint-Paul de Tapili et la cure ont été systématiquement dévalisées. Les effets personnels du curé, l’abbé Joseph Nzala, et de son vicaire l’abbé Pierre Zangagume n’ont pas été épargnés. Les habits liturgiques ont été piétinés et éparpillés à travers l’église. Le centre de santé et les pharmacies ont été systématiquement pillés. Alors que son vicaire était absent de la paroisse, l’abbé Joseph Nzala a eu le courage d’aller alerter les autorités à Niangara. Les deux chefs coutumiers de cette localité avaient pris la poudre d’escampette. Le chef de poste d’encadrement de Tapili, qui avait eu vent de cette nouvelle, a cherché à obtenir davantage d’informations en se dirigeant vers Mabanga ya talo. Il était accompagné d’un militaire. Malheureusement, les deux sont tombés sous les balles des hommes de Joseph Kony. Ce n’est que le 24 décembre qu’une quarantaine de soldats des FARDC basées à Doruma a été déployée à Tapili pour renforcer la sécurité de la population.

C’est toujours la population civile qui paye les frais d’une telle situation d’insécurité. Elle se retrouve sans assistance humanitaire. Certains habitants ont trouvé refuge soit à Rungu soit à Ndingba, au nord-est d’Isiro, chef lieu de district du Haut-Uélé. Les autorités religieuses lancent un cri d’alarme pour venir au secours de la population victime de la LRA.

Rappelons que le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) a présenté le 21 décembre 2009 un rapport sur les violations des droits de l’homme commises par la LRA sous le commandement de Joseph Kony et de ses officiers supérieurs. Ce rapport, qui couvre la période de septembre 2008 au mois de juin 2009, révèle que la LRA a massacré plus de 1.200 civils par balle ou armes blanches et que des femmes ont été violées avant d’être exécutées. Plus de 100 personnes ont été blessées par balle ou armes blanches. Le rapport signale aussi que plus de 1.400 personnes ont été enlevées dont au moins 630 enfants (garçons et filles) et plus de 400 femmes.

Les personnes enlevées ont été soit soumises à des travaux forcés, soit enrôlées comme combattants ou encore soumises à un esclavage sexuel. Comme conséquence de cette insécurité, on dénombre plus de 200.000 personnes déplacées. Le rapport de l’ONU, en son point 4, note que «ces attaques et violations systématiques et généralisées des droits de l’homme menées par la LRA depuis la mi-septembre 2008 contre les civils congolais durant un conflit armé pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité imprescriptibles par nature selon le droit international».

Si effectivement ces exactions peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, pourquoi les officiers de la LRA qui se sont rendus ou sont capturés ne sont-ils pas traduits en justice en RDC ou à la Cour Pénale Internationale (CPI)? Dans son édition du 28 décembre 09, l’article de la Radio Okapi (Partenaire de la Monuc – Mission des Nations Unies en RD CONGO), repris par la Radio des Nations Unies, note que le général de Brigade Jean Claude Kifwa, commandant de la 9e région militaire, a présenté à la presse locale six rebelles de la LRA capturés le 18 et le 20 décembre à Duru et à Doruma dans le territoire de Dungu. Et d’ajouter: «Selon le général de Brigade Jean Claude Kifwa, ces rebelles seront confiés aux responsables des ONG internationales et à la Monuc pour leur rapatriement après audition à l’état-major des FARDC».

Ce n’est pas la première fois que les autorités congolaises rapatrient les combattants de la LRA en Ouganda. Le 3 novembre 09, le général Arop et son garde du corps ont déposé les armes à Djabir et le 4 novembre, un camion est venu les chercher pour les ramener en Ouganda. C’est bien cet officier supérieur qui dirigeait les opérations de la LRA dans les territoires de Dungu et Faradje. Les 27 et 15 octobre ainsi que le 30 septembre 09, d’autres éléments de la LRA s’étaient rendus aux autorités congolaises dans le territoire de Faradje, tous ont été renvoyés en Ouganda. Plusieurs questions se posent: les milliers de morts congolais ne méritent-ils pas justice? Y a-t-il des morts qui ont plus de prix que d’autres? Quand la justice sera-t-elle rendue aux victimes des exactions de la LRA?

Service d'information.

BLANCHARD KOTA