Massacres de Bakwanga: Concentrons-nous sur la responsabilité de ces massacres.

  1. Ce sujet a très délicat, très étendu et très vaste tant au niveau de ses causes locales et nationales, proches et lointaines, apparentes et sous-adjacentes qu’au niveau de ses conséquences politiques, humaines, humanitaires, sociales, psychologiques, conscientes, subconscientes, visibles, invisibles, directes, indirectes que des effets collatéraux. Nous le savons. Nous ne saurons pas épuiser exhaustivement toutes ses facettes.

  1. Le titre de mon premier texte est clair et distinct : la réalité des Massacres de Bakwanga (1960) et la réhabilitation de M. Patrice Emery Lumumba dans la responsabilité de ces Massacres qui ont été un véritable génocide et dans lesquels toute ma famille (mes frères, mes sœurs et moi-même ) a failli être abattue et décimée par les soldats de l’ANC devant la Maison Paternelle à Mérode (Tshilundu) au Kasaï Oriental. A l’instar de nombreux Baluba et Compatriotes, j’étais toujours convaincu, conformément au récit qui nous était répété, que c’est Patrice Lumumba qui avait été le Responsable n° 1 de ces massacres. Mais après plusieurs lectures et témoignages et encore aujourd’hui en lisant tout ce qui est publié dans le Débat actuel que j’ai initié, je suis de plus en plus convaincu que nous étions victimes et otages d’une grande campagne d’intoxication mensongère, falsificatrice et meurtrière contre Patrice Emery Lumumba, campagne très bien orchestrée par les ennemis externes et internes de notre Patrie et de notre Peuple et répétée  et entretenue par certains Compatriotes complices ou de bonne foi.

  1. Je maintiens que, parmi les Congolais, le Responsable n° 1 de ces Massacres était M. Joseph Mobutu, qui était en ce moment-là théoriquement Chef d’Etat-Major dans l’ANC, mais qui était en réalité le Chef de file du Groupe de Binza et le Vrai Maître de toute la politique, de l’Armée et de la Sécurité au Congo. Il l’est resté jusqu’au 16 Mai 1996, date de la défaite militaire de son régime et de sa fuite vers le Maroc via le Togo.

  1. Je souhaite que tôt ou tard, quand le Congo notre Patrie sera devenu un Etat de droit réellement indépendant, souverain, démocratique, moderne et prospère, que toutes les voies nationales et internationales soient utilisées comme en Afrique du Sud pour clarifier la situation, établir les responsabilités des uns et des autres dans ces massa        ces et dans toute la tragédie congolaise et que justice soit faite. C’est alors que les familles des victimes cesseront de pleurer les leurs victimes de ces massacres et de tous les autres crimes perpétrés au Congo.  massacrés et assassinés, que les deuils seront clôturés et que le Pays s’insèrera dans le concert des grandes nations libres, démocratiques, modernes, stables, développées et prospères.

  1. Je demande à tous les intervenants de se focaliser exclusivement sur la responsabilité des massacres de Bakwanga (1960). Une publication sortira avec toutes ces interventions et sera versée au dossier de ceux qui, tôt ou tard, au cours de l’histoire, reviendront sur ce dossier, s’en inspireront et, et forts d’un savoir plus accru et de plus de lumière ainsi que du pouvoir étatique et des instruments judiciaires nationaux internationaux, en diront le dernier mot. 

  1. Cherchons  ensemble comment aujourd’hui et demain protéger nos populations ; stopper la tragédie en cours ; en extirper et prévenir la cause à la racine ; éviter de revivre les mêmes trahisons, complicités internes, échecs, défaites, haines, conflits, horreurs, atrocités, massacres gratuits des civils innocents, assassinats politiques, violations des libertés et des droits de l’homme, pertes des vies humaines ; humiliations (esclavage, domination, occupation, exploitation et pillage étrangers, viols et violences sexuelles).

  1. Apprenons à notre Peuple comment se défendre, déjouer les manipulations, l’intoxication falsificatrice, mensongère et meurtrière et les pièges des ennemis externes et de leurs complices internes. Rendons-le conscient et jaloux de la valeur de la vie, de sa dignité humaine, de son honneur, de sa fierté, de sa grandeur, de son unité, de sa liberté, de ses choix libres et mûrement réfléchis, de la cohésion nationale, de la solidarité entre nous tous et du primat de l’Intérêt Supérieur de notre Peuple et de notre Patrie ainsi que de la prise en main de son destin individuel et collectif.

  1. Ayons la même attitude dans les autres débats sur les sujets passés et actuels et devant les autres enjeux locaux, provinciaux et nationaux. Ne les escamotons pas.  Ils nous interpellent aussi. Attelons-nous à recenser les aspirations profondes et légitimes de notre Peuple, à les identifier, à les définir, à les hiérarchiser et à les thématiser en projet individuel de vie et en projet de société collectif, national démocratique. Mettons en place les stratégies les plus efficaces, les plus appropriées et les plus efficientes pour concrétiser la réalisation optimale de ces aspirations et de ce projet. 

  1. L’UDPS est, depuis 1980 à ce jour, la Force politique nationale de progrès par excellence,  l’Ame, l’Espoir et la Chance de notre Victoire commune. La priorité des priorités pour nous tous doit être la contribution à la tenue du Congrès de l’UDPS (Congrès du Peuple), étape décisive vers l’organisation des élections inéluctablement libres, inclusives, transparentes et démocratiques au Congo où nous élirons les vrais Fils du Pays, les Hommes d’Etat, les Démocrates, les Humanistes et les Pacifistes choisis parmi les meilleurs candidats et qui gèreront le Pays selon les règles de la bonne gouvernance et les principes démocratiques.

  1. Je remercie et félicite tous ceux qui ceux qui,, dans le présent débat, ont dépassionné les interventions, se sont élevés au diapason des cadres et intellectuels, y ont apporté un éclairage objectif en dépassant les émotions, les sentiments, les sensibleries, l’enlisement des règlements des comptes, la tentation de transformer le débat en scène de vengeance, en théâtre de petits conflits interpersonnels, en terrain de jeu des intérêts partisans ou des petits intérêts individuels et égoïstes, ou en occasion tant rêvée de s’adonner à cœur joie à l’exhibitionnisme…

  1. Je suis fier des interventions positives, édifiantes et excellentes de certains de nos aînés et de nombreux compatriotes.

  1. Je ne sais ni dissimuler ni masquer ni différer mon admiration pour les compatriotes des provinces autres que le Kasaï qui sont intervenus dans ce débat. C’est un exemple que nous devons nous tous suivre. Ils ont appris aux lecteurs la vérité suivante : « Je suis Congolais et tout ce qui se passe au Congo dans n’importe quel coin de mon Pays, en faveur ou contre les compatriotes de ce coin, ne peut m’être étranger ». Ils ont démontré qu’ils sont de vrais Congolais et qu’ils habités par une conscience nationale, réelle et agissante. Combien de Congolais ressortissants des autres provinces se sentent directement, personnellement et collectivement concernés, humiliés dans leur propre chair et blessés dans leur dignité, fierté et amour propre et révoltés et réagissent contre :

-         les massacres perpétrés dans le Bas-Congo en janvier-février 2007 ;

-         les crimes commis en Ituri ;

-         les affrontements entre les soldats rwandais et ougandais en 2001 à Kisangani ;

-         les massacres avec des armes lourdes perpétrés à Kinshasa lors de la parodie électorale de 2005-2006 ;

-         les horreurs, les atrocités, les crimes, les cruautés, les viols et les violences sexuelles dont victimes les bébés, les jeunes filles, les mamans et les grandes mères à l’Est ainsi que toutes sortes de crimes perpétrés chaque jour contre nos Compatriotes de l’Est ;

-         les massacres à Butembo ;

-         l’existence de l’insécurité généralisée, du terrorisme d’Etat, de la corruption structurelle, de la famine, de la misère, des deuils permanents et généralisés au Congo, des cadavres de nos compatriotes qui pourrissent dans les morgues au Congo, les cadavres et des diplomates congolais qui pourrissent dans les morgues des hôpitaux des pays hôtes, des conditions infra-humaines de vie imposées à notre Peuple ; l’Indice du Développement Humain plus qu’alarmant du Peuple Congolais depuis 2001 ;

-         l’incompétence, l’irresponsabilité, l’arrogance, l’absence de culture et le non respect des textes légaux par les gouvernants congolais ;

-         la transformation du Congo en un vaste cimetière, en une fosse sceptique, en une poubelle puante ;

-         le contrôle des postes étatiques stratégiques, politiques, militaires, économiques, sécuritaires et communicationnels par les extrémistes tutsis ;

-         le désarmement des soldats congolais peu avant le défilé du 30 juin 2010 ; le retard de deux heures imposé à tous les Congolais et à tous les Invités pour attendre et accueillir le Président à la fois du Congo et du Rwanda (Paul Kagame) et le défilé de plusieurs bataillons venus du Rwanda, le contrôle de tout l’espace aérien congolais par le Rwanda;

-         l’absence et le délabrement des infrastructures scolaires, hospitalières, ferroviaires, routières… ; l’absence de l’eau potable et de l’électricité, l’existence des prisons-mouroirs, les accidents meurtriers des avions-mouroirs ambulants, des catastrophes ferroviaires dues à l’état vétuste des wagons et des rails, les accidents graves, mortels et journaliers sur le Fleuve et sur les routes dus à un très mauvais état des bateaux et des routes, le non-paiement des enseignants, des médecins, des magistrats, des professeurs d’université, des militaires et des travailleurs de l’Etat….. ;

-         les licenciements illégaux et sans indemnités des travailleurs à la Gécamines et à la Miba, l’agonie et la fermeture de ces deux entreprises-poumons de notre Pays ;

-         la répression politique et les assassinats politiques contre les étudiants, les journalistes, les syndicalistes, les défenseurs des droits de l’homme, les membres de l’UDPS et contre tous les combattants de la Liberté et contre tout celui qui se révèle être un démocrate, un vrai patriote et un humaniste ?

Recommandations :

  1. Pour ne pas nous arrêter à la vérité de façade ou même mal interpréter ce que nous avons vécu, je vous recommande vivement de compléter vos lectures et d’approfondir vos connaissances sur ce sujet précis et sur toute l’histoire nationale notamment en lisant abondamment des écrits non cités ou peu cités dans ce débat :

-         les écrits et les témoignages des victimes lucides ;

-         les écrits et les mémoires des acteurs locaux loyaux qui ont eu le temps et la chance d’écrire ce qu’ils ont fait ; de révéler l’identité de ceux qui leur donnaient les ordres et les injonctions et qui les ont irrésistiblement poussé au crime; les difficultés dans lesquelles ils se sont trouvés sur le plan politique, moral, humain, humanitaire et historique pour désobéir aux Maîtres du jeu; l’identité des compatriotes qui ont accepté bien volontiers de trahir notre Peuple et notre Patrie en se rendant complices de certains ennemis externes ;

-         les écrits des experts et analystes sérieux, crédibles et objectifs ;

-         les écrits de plusieurs vrais Maîtres du jeu en ce moment-là et de comparer le contenu de ces écrits, de faire les recoupements nécessaires pour mieux connaître la vérité qui s’approche de l’objectivité.

Par les recoupements de tous ces témoignages et ces écrits, il est possible de comprendre, de connaître et de découvrir :

-         à quel moment de l’histoire mondiale a eu lieu l’accession de notre Pays à l’Indépendance ;

-         quels sont les facteurs externes et internes qui ont pesé et joué dans l’accession de notre Pays à l’Indépendance ;

-         qui étaient les plus forts dans notre pays, parmi les étrangers, et donc capables de sauvegarder leurs intérêts et leur influence et d’imposer leur loi et leur volonté ;

-         les plans, les visées et les objectifs primordiaux des ennemis externes sur notre Pays  ainsi que les stratégies et les obstacles successifs mis en place depuis 1960 à ce jour pour empêcher l’avènement d’un Etat de droit réellement indépendant, souverain, démocratique, moderne et prospère au Congo ;

-         les noms des pions locaux choisis, consentants et complices hier et aujourd’hui pour jouer tel ou tel rôle sur la scène théâtrale mise en place par ces Maîtres de jeu devant les victimes, devant nous et devant l’opinion nationale et internationale afin de sauvegarder leurs intérêts et leur influence; d’atteindre leurs visées et leurs objectifs; de distraire et de tromper très astucieusement notre Peuple, les victimes et l’opinion nationale et internationale et de déjouer très malicieusement la vigilance, le jugement et le discernement des victimes, des observateurs, des analystes et des historiens les plus lucides ;

-         comment ces pions locaux choisis, consentants et complices ont joué chacun le rôle lui attribué; quelle récompense leur a été réservée; quel sort a été réservé aux compatriotes qui constituaient ou qui constituent même aujourd’hui un obstacle à la réalisation des objectifs, de la vision et de ces visées des Maîtres de jeu ; sous quelle forme cette récompense est octroyée aux pions locaux serviles et dociles et sous quelle forme est le sort réservé aux compatriotes qui sont conscients et jaloux de leur dignité humaine, de leur fierté, de leurs libertés, de leurs droits, de leurs responsabilités ; aux Leaders démocrates, patriotes et humanistes qui incarnent les aspirations légitimes et profondes de notre Peuple….

Parmi ces écrits, veuillez absolument lire :

-         Devlin Larry, J'étais chef de la CIA au Congo
mémoires, traduit de l'anglais par Michelle Copmans
, Jourdan , Waterloo (Belgique), collection Essais, Parution : avril 2009

-         Jean Van Der Dussen de Kestergat, journaliste de La Libre Belgique, qui recevait volontiers, à cette époque, les confidences de Mobutu, n° du 22 Juin 1961

-         Jules Chomé, L’ascension de Mobutu, éditions complexe, 1974. L’un des chapitres de ce livre est intitulé : Mobutu demeure le Maître de la politique ongolaise, pp. 115-119

-         Jules Chomé, Moïse Tshombe et l’escroquerie katangaise, Editeur : Éditions de la Fondation J. Jacquemotte (1966)

-         Andrew Tully, CIA. The Inside Story. Andrew Tully était l’historiographe quasi officiel de la maison Blanche de 1958 à 1962

-         Les Rapports du Conseil de Sécurité de l’ONU : les Résolutions des 14 et 22 Juillet 1960 ainsi que la Résolution du 8 Août 1960

-         La Cité, 19 Juillet 1960 ; 19 août 1960

-         Le Monde, 22 Juillet 1960, 2 août 1960

-         L’essor du Congo, 4 août 1960 ; 8 août 1960 ; 30-31 décembre 1960

-         Davister, Katanga, enjeu du monde

Perspectives d’avenir

Nous devons être des hommes de progrès, organisés dans des forces de progrès et décidés à bâtir ensemble au Congo une Société de progrès ;

Le progrès est un processus linéaire et non cyclique. Il consiste à tenir compte des acquis positifs, des erreurs et des échecs du passé pour s’améliorer. Il est avant tout endogène, culturel, mental, systémique, à la fois diversifié et intégré, multifactoriel et multidimensionnel. Il réside dans la mise en valeur des compétences et des potentialités nationales ; dans l’expansion des libertés, des droits, de la justice, de la solidarité, du bien, du beau, du respect du droit, de la loi, de la vie, de la dignité humaine et des autres ; dans l’intériorisation du sens de responsabilités; dans la valorisation et la gestion optimale, efficace et efficiente des ressources naturelles et humaines nationales ; dans l’effort, la quête de l’excellence, la recherche constante de l’amélioration des conditions de vie, du bien-être et du bonheur ; dans le primat des mérites et des compétences, dans la lutte contre les pesanteurs, les antivaleurs et les freins à l’élévation de soi et des autres ; dans l’attachement à la vérité, dans le savoir accru, la recherche et l’ouverture aux nouvelles technologies.

Nous sommes des cadres, des phares, des meneurs, des responsables, des encadreurs et des mobilisateurs de nos populations. Certains d’entre nous sont les aînés, les sages et les témoins de nombreux événements tristes, douloureux ou heureux qui se sont déroulés dans notre Pays. Les autres parmi nous sont des visionnaires. Nos populations ont le droit de connaître la vérité objective qui seule libère. Nous n’avons pas le droit de les mettre en erreur ou de les manipuler par nos écrits, nos messages, nos interviews, nos témoignages, les exemples de nos vies et nos actes.

Nous avons un grand pouvoir sur elles. Elles se haïront entre elles et s’entretueront si nous les poussons ouvertement ou insidieusement à se détester mutuellement, à se focaliser uniquement sur les différences et les diversités qui sont pourtant inévitables et les considérer comme non comme une chance et une opportunité d’enrichissement réciproque mais comme une source de rejet, de haine, d’affrontement, de conflits, d’élimination physique réciproque, de crises, de meurtres et de massacres.

Attendons-nous être sévèrement jugés notre propre conscience, les lecteurs, la vérité elle-même, notre Peuple, le temps et l’histoire. Demandons-nous si nous méritons la confiance des Ancêtres, si nous honorons la Mémoire des Martyrs de l’Indépendance et de la Démocratie, si nous concrétisons le sens à leur sacrifice suprême, si les générations futures auront honte de nous et si elles seront libres et heureuses dans le monde que nous leur aurons légué et si elles seront fières de nous. 

Dr François Tshipamba Mpuila