Les Pygmées de l’Ituri font aujourd’hui les frais de l’exploitation forestière de cette riche province du Nord-est de la RD Congo. Contraints de quitter la forêt et de s’installer dans des camps, ils peinent à s’intégrer à ce nouvel environnement où seules de rares associations leur viennent en aide.

Sur la route qui relie le Nord-Kivu à la Province orientale de la RD Congo, des Pygmées vivent dans des camps. De plus en plus souvent, ces habitants de la forêt sont fermement invités à quitter leur cadre de vie habituel, pour s’établir sur cet axe routier et laisser ainsi la place aux exploitants de bois précieux ou aux plantations de cacao.

Selon les Pères Antonio et Piero Lombardo, deux prêtres catholiques, missionnaires dans la région depuis maintenant vingt ans, «le Congo est maintenant la cible mondiale de l’exploitation des minerais ou de la forêt. Une des zones de l’Afrique les plus intéressantes est la forêt de l’Ituri, où vivent les Pygmées». Souvent pour un salaire de misère, ces derniers sont contraints de se déplacer pour aller travailler dans des exploitations minières, sous la supervision d’encadreurs, comme le révèle Nyamanzi, du village Mataha qui estime que ses revenus ne lui permettent pas de vivre convenablement dans son nouvel environnement.

COMME UN POISSON HORS DE L’EAU

Hors de leur cadre de vie habituel, sans statut social, les Pygmées peinent à s’intégrer et à s’adapter au mode de vie des populations voisines.

D’où certaines tensions et frictions. «Mes champs ont été saccagés plus d’une fois par des Pygmées à la recherche de nourriture. Il y a un peu plus d’un an, mon mari a eu une altercation avec un groupe qui récoltait sans gêne notre maïs», déclare Misisa, une cultivatrice Nande du village Biasiku. Pour se défendre, les Pygmées disent qu’ils n’ont pas le choix, s’ils veulent survivre dans ce cadre de vie qui leur est hostile. «Parfois, comme maigre salaire, nous recevons de nos encadreurs de l’alcool local», regrette Ameli, du village Matembu, sur l’axe routier Beni-Mambasa. Ce dont se défendent certains encadreurs, comme Kinyata, du village de Teturi, qui travaille pour l’organisation Bureau pour Pygmées.

Pour aider ce groupe ethnique sans l’aliéner, «il faudra arriver à faire côtoyer les deux cultures. Ce qui suppose maintenir les Pygmées dans leur milieu traditionnel», suggère Kalwahali Jean-Pierre, qui étudie leur mode de vie dans l’Ituri. «Franchement, demander brusquement à un Pygmée de vivre en dehors de la forêt naturelle qui l’entoure, c’est comme demander à un poisson de ne plus vivre dans l’eau», dit en écho Ameli.

LES AIDER DANS LEUR ENVIRONNEMENT HABITUEL

Parmi les initiatives menées sur le terrain, les cours d’alphabétisation organisés par le père Antonio Mazzucato dans plusieurs villages. «Nous pouvons étudier entre nous sans complexe», souligne un Pygmée de Kadodo, qui explique dans un français hésitant qu’ils ont même un centre de menuiserie, de mécanique et de coupe et couture. Pour le père Antonio, qui soutient par ailleurs la mise en route de projets agricoles, «cela permet de les aider dans leur environnement habituel, pour un développement centré sur leur propre réalité et leurs propres potentialités. C’est ce que j’essaye de leur montrer progressivement, tout en m’intégrant à leur mode de vie».

D’autres organisations comme Kundi la mapendo et le Projet Pygmées Etabe, fournissent une aide dans le domaine de l’hygiène et de la santé, mais comme le souligne le père Antonio, il reste encore beaucoup à faire pour préserver les Pygmées de la surexploitation de la forêt de l’Ituri.