Des membres de «la famille Tungulu de Kinshasa», non autrement identifiés, ont été reçus jeudi 28 octobre à la Monusco. Selon des sources locales, une dame qui se présente comme la mère de la «fille aînée», âgée de 19 ans, de Armand Tungulu a été reçu à la Mission onusienne. La dame ferait l’objet des pressions et d’intimidations de la part de l’auditorat militaire de Kinshasa-Gombe afin de procéder à l’«identification» du corps de Armand Tungulu Mudiandambu. Les autorités judiciaires congolaises ont prévu cette cérémonie pour le mardi 2 novembre. La «famille kinoise» du défunt a sollicité la présence des fonctionnaires du département des droits de l’Homme de la Monusco pour «raison de sécurité». L’inhumation du corps pourrait avoir lieu après cette «présentation». Lieu : non-déterminé. Une certaine Rebecca Mbulu Ndombe, capitaine à l’auditorat militaire de la Gombe, serait au centre de cette mise en scène macabre.

Des farceurs

«La tournure tragi-comique que prend l’affaire Armand Tungulu vient confirmer que la République démocratique du Congo est dirigée par des farceurs. Des apprentyi-sorciers. J’attends avec curiosité d’entrer en contact avec Me Willy Bolio». C’est la déclaration faite à Congoindependant.com par l’avocat bruxellois, Jean-Claude Ndjakanyi, conseil de la veuve Tungulu, née Nzomina Maloka, après l’annonce de la plainte déposée lundi 25 octobre contre l’Etat congolais par cet avocat kinois. Ce nouveau coup de théâtre a mis à nu l’ambiance de «sauve-qui-peut» qui règne tant au niveau de la Présidence de la République que des «services». Habitués à se comporter en hors-la-loi, ces milieux étaient loin d’imaginer que ce «banal» crime d’Etat - un de plus - pouvait provoquer un tel raffut. Ne pouvant présenter le corps, «Joseph Kabila» et ses hommes de mains entendent recourir à un «dédommagement clandestin» de la «famille» pour étouffer le scandale. Le pouvoir engage ainsi un pari risqué.

Que s’est-il passé après l’arrestation de Tungulu? A quand remonte son décès ? Où se trouve la dépouille mortelle? Le défunt avait-il une fille naturelle âgée d’une vingtaine d’année à Kinshasa? Qu’en est-il de l’ordonnance rendue le 11 octobre par le Tribunal de première instance de Bruxelles? Qu’est ce qui se trame derrière la procédure judiciaire engagée à Kinshasa? Voilà six questions qui appellent quelques éclaircissements.

Les mensonges du PGR

Armand Tungulu Mudiandambu, 40 ans, est arrivé à Kinshasa le 15 septembre dernier. Le mercredi 29 septembre, il se trouvait sur l’avenue du 24 novembre. Il est 13 heures. Un convoi présidentiel est annoncé. «Armand» lance deux cailloux sur la Jeep conduite par «Joseph». Il oppose une vive résistance à deux éléments de la garde personnelle de celui-ci venus l’arrêter. Selon des témoins, il aurait même «cogné» un des gardes. Maîtrisé, Armand est tabassé à mort devant des passants avant d’être «jeté» tel un vulgaire sac de victuailles dans un des véhicules qui démarre en trombe. Destination : inconnue.

Selon des sources, une «réunion de crise» a été convoquée ce même mercredi à 19 heures à l’ANR (Agence nationale de renseignements). La rencontre était présidée par l’administrateur principal Kalev Mutond du «Département Intérieur» ou contre-espionnage. Le «lapideur» du «raïs» devait y être transféré pour être interrogé sur la motivation de ce geste «courageux et patriotique» pour les uns, «téméraire et suicidaire» pour les autres. Tungulu ne quittera pas sa cellule du Camp Tshatshi. Pourquoi? La raison est simple : Armand est décédé quelques heures après son arrestation et non le samedi 2 octobre comme le prétendait le communiqué publié par le directeur du cabinet du Procureur général de la République (PGR), le 1er Avocat général de la République Tasile Tasilo. Le PGR avait donc menti non seulement en ce qui concerne la date et la cause du décès. Tungulu a été «suicidé». Qui l’a exécuté ? Sur ordre de qui ? La justice internationale devrait tôt ou tard donner des réponses à ces questions. Les barbouzes de l’ANR se disent «clean» au motif qu’elles n’ont guère géré le dossier «dossier Tungulu».

Le capitaine Rebecca

Il n’y a pas de crime parfait. Nul ne sait où se trouve à ce jour la dépouille mortelle de Tungulu. Une chose paraît sûre : le corps a été mutilé. Torturé. Devenu «non-présentable», il aurait été incinéré. Certaines sources n’hésitent pas à soutenir que la dépouille aurait été immergée dans le fleuve Congo. Incapable de prouver le contraire, le ministre de la Communication et des médias Lambert Mende Omalanga a opté pour la fuite en avant. Ce membre du gouvernement n’a pu s’empêcher de faire le guignol en s’interrogeant le plus sérieusement du monde si «Philo» Nzomina Maloka était l’«épouse légitime du défunt». Un comble ! C’est à croire que l’Etat congolais a non seulement le droit de tuer un citoyen mais aussi de choisir le membre de sa famille entre les mains duquel il doit restituer le corps. Dans un communiqué daté 4 octobre, l’association de défense des droits de l’Homme «La Voix des Sans Voix» n’a pas manqué de fustiger «la persistance de la culture de la mort et la banalisation de la vie humaine par le pouvoir en place qui s’arroge le droit de vie et/ou de mort sur des individus en lieu et place de les protéger (…).» En agissant avec autant de cynisme, les autorités de Kinshasa – à travers Mende - ont commis une «violation flagrante» du «droit subjectif» de l’épouse et des enfants Tungulu. Il s’agit du droit «au respect de la vie privée et familiale». Cette considération a pesé de tout son poids dans la motivation de l’ordonnance rendue le 11 octobre par le Tribunal de première instance de Bruxelles

Selon des sources concordantes, Armand était effectivement le père d’une jeune fille âgée de 19 ans. Elle répondrait au nom de Steffi Mudiandambu. «Chaque mois, Armand envoyait de l’argent à sa mère «Alda» pour payer ses frais d’études, confie la source. La jeune fille est actuellement en 6ème bio-chimie à Madimba, au Bas-Congo». Toutefois, soutient une autre source, aucun acte officiel n’existe pour confirmer la filiation. Les juristes parlent dans ce cas de «possession d’état». Il semble que Armand avait demandé à «Alda» de lui donner un coup de fil ce mercredi 29 octobre à 14 heures. Elle tente un premier appel sans obtenir de réponse. Au début de la soirée, elle essaie à nouveau. C’est une inconnue qui lui répond : Qui êtes-vous par rapport au titulaire de ce numéro? «Je suis la mère de sa fille», répond Alda. L’inconnue lui dit de ne plus téléphoner à ce numéro parce que son titulaire «n’est plus». «Qui est au bout du fil ?», L’inconnue de répondre : «C’est sans importance». Selon des sources concordantes, l’appelante serait le capitaine Rebecca Mbulu Ndombi de l’auditorat militaire de Kinshasa-Gombe.

L’Etat congolais condamné

Dans la soirée du mercredi 29 octobre, l’arrestation de Tungulu Mudiandambu était connue aux quatre coins de la planète par la magie de l’Internet. Les milieux kabilistes croyaient jusque là que Tungulu était un «déséquilibré mental». Le journaliste Jean-Marie Kasamba, chargé de la «visibilité des Cinq chantiers», n’avait pas dit autre chose. Les tortionnaires de ce jeune bruxellois ont été stupéfaits d’apprendre que celui-ci était un activiste socio-politique bien connu à Bruxelles, son lieu de résidence. Le samedi 2 octobre, le PGR fait publier son communiqué annonçant la mort «par suicide» et l’ouverture d’une enquête afin de connaître les «circonstances exactes du décès». Le 4 et 9 octobre, la diaspora congolaise de Belgique organise deux manifestations à Bruxelles. Un seul mot d’ordre : «Donnez-nous le corps d’Armand». La veuve Tungulu tente sans grand succès de prendre langue avec l’ambassadeur de la RD Congo à Bruxelles. A Kinshasa, la famille biologique de Tungulu ne sait à quel saint se vouer encore moins à quelle porte frapper. Les téléphones familiaux sont mis sur écoute.

C’est l’obstination affichée par le gouvernement congolais à ne pas restituer la dépouille mortelle qui a amené le conseil de la veuve Tungulu à engager une procédure judiciaire. Le 11 octobre, le Tribunal de première instance de Bruxelles a condamné l’Etat congolais à «restituer» et à procéder au «rapatriement en Belgique» de la dépouille mortelle «endéans les 48 heures de la signification» de l’ordonnance «et ce sous peine d’une astreinte 25.000 € par jour de retard (…) ». Cette signification-commandement a déjà été notifiée au ministère congolais de la Justice qui représente l’Etat. Le 12 octobre, le PGR publie un nouveau communiqué invitant la «famille» à prendre contact avec… l’auditorat militaire de Kinshasa Gombe. Dans la capitale congolaise, des membres de la famille Tungulu continue à se plaindre du fait que «rien ne bouge». «Nous attendons que l’Etat congolais réagisse, confiait Me Ndjakanyi, mardi 26 octobre. La famille Tungulu attend toujours d’obtenir la restitution du corps.» Selon des sources diplomatiques congolaises, l’Etat congolais pourrait introduire un recours contre la décision rendue par la juridiction belge précitée. En attendant, le conseil de la veuve et enfants Tungulu paraît décidé à obtenir l’"exécution forcée" de ce jugement.

Scénario macabre

La «réaction» de Kinshasa est «tombée» mardi 26 octobre sous la forme d’une dépêche de l’AFP. Citant l’avocat kinois Willy Bolio, la dépêche indique que «La famille de Armand Tungulu, mort en prison à Kinshasa, a porté plainte lundi contre l’Etat congolais qu’elle juge «responsable» de sa mort, et réclamé une autopsie du corps par des experts internationaux». La «famille». C’est qui ? «Sa fille aînée, ses frères et soeurs ainsi que son oncle, tous résidant à Kinshasa, ont décidé de porter plainte auprès du parquet général contre l’Etat congolais pour sa responsabilité dans la mort de Tungulu». Qui a recruté l’avocat Willy Bolio? Pourquoi celui-ci s’est-il gardé de donner l’identité de ses clients? Qui paie ses honoraires ? «Joseph Kabila» et ses sicaires ont-il engagé le redoutable pari de monter une mise en scène pour clore ce dossier qui n’a pas encore fini d’éclabousser le sommet de l’Etat?

Dans une lettre datée 15 octobre dernier, l’ONG congolaise Adaddem-F (Association Nationale pour les Droits, la Défense des Migrants et de la Femme) écrit, sous la signature de Chantal Mundady Nsapu, au ministre congolais de la Justice lui demandant de faire cesser les «pressions et intimidations» exercées sur des membres de la famille Tungulu. Qui exerce ces pressions ? Quid des victimes ? «Monsieur le ministre, écrit cette association, le 5, 6, 7, 8 octobre dernier la mère de la fille aînée de l’infortuné Armand Tungulu n’a cessé de recevoir des coups de téléphone venant d’une certaine Rebecca, travaillant à l’auditorat militaire, garnison de la Gombe.» «Après enquête à notre niveau, cette personne s’appellerait Rebecca Mbulu Ndombe, militaire et capitaine de son état. Le 5 et 6 octobre 2010, elle a appelé cette dame par le numéro de téléphone suivant : 0997740379, et depuis quelques temps elle l’appelle par un numéro masqué.» Selon cette ONG, la fameuse «Rebecca» userait des «intimidations à répétition» en invitant la mère de Alda, laquelle est mariée, à «passer à l’auditorat militaire» afin «de retirer» la dépouille de Armand Tungulu. Et ce, «avec l’appui financier de l’Etat pour pouvoir organiser des funérailles.»

L’Adaddem de poursuivre : «Cette femme n’est pas légalement établie pour mener ce genre de démarches. La véritable femme d’Armand Tungulu, à qui ces services peuvent être proposés se trouve à Bruxelles. Selon toute logique, il suffirait de demander à l’ambassadeur de la RDCongo en Belgique pour prendre contact avec cette dernière et voir dans quelle mesure ceci pourrait être réalisable, au lieu de faire le choix d’exercer des pressions sur des personnes qui n’ont ni qualité ni droit.» «Pour votre gouverne Monsieur le ministre, la fille aînée du défunt (…) souffre terriblement de la disparition de son père. Les pressions et intimidations exercées sur sa pauvre maman ne font qu’aggraver la situation de cette jeune fille qui risqueraient d’empêcher cette dernière de poursuivre ses études.» Certains membres de la famille biologique de Armand Tungulu ont décidé de démarquer et de s’opposer à cette mise en scène dont le «maître de cérémonie» ne pourrait être que «Joseph Kabila» en personne. Cette fois, le «raïs» risque de se tromper énormément…