C’est désormais classique. Pas d’actualités de la RDC sans l’annonce de nouveaux cas de violence dans l’Est. Un vent de panique traverse le parc des Virunga, dans le Nord-Kivu. Au 31 janvier 2011, un bilan fait état de 5 personnes tuées. Œuvre d’hommes armés. Braconniers? Seigneurs de guerre ? Nul ne le sait encore. Toujours est-il que l’ombre de la mort plane dans le parc classé patrimoine commun de l’humanité par l’Unesco mais devenu avec le temps le nouveau brasier de la partie Est de la RDC.

La tension est permanente et le calme de plus en plus précaire dans la partie Est de la République démocratique du Congo. Cela malgré toutes les tentatives déployées ça et là pour neutraliser les forces dites négatives, notamment les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et d’autres groupes armés Maï Maï.

Si hier, c’était l’Ituri qui volait la vedette en termes d’insécurité et de tueries à répétition, aujourd’hui, c’est le parc des Virunga qui fait les frais de la grande vague de terreur qui sévit de manière grandissante dans l’Est du pays. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait mort d’hommes dans l’espace formé par le parc des Virunga.

Le bilan au 31 janvier 2011 fait état de cinq gardes du parc des Virunga tués par des hommes armés, non autrement identifiés. Cette situation d’insécurité, consécutive à la guerre qui a sévi dans la partie Est du pays, date de plusieurs années. Elle n’épargnait, au début, aucun des parcs nationaux. Mais, depuis peu, le parc des Virunga est devenu le lieu de prédilection de la résurgence des tensions. Signal révélateur, s’il en faut, de la fragilité de la partie Est de la RDC.

Outre l’insécurité dans le parc, c’est l’Institut congolais pour la conservation de la nature(ICCN), gestionnaire du parc, fait face à un autre front. Ouvert par le Gouvernement. En effet, depuis juin 2010, ce dernier a attribué à la firme pétrolière britannique Soco International un permis de recherche pour un bloc situé en plein cœur du parc des Virunga. Cela a fait un tollé tel que les réactions ne se sont pas fait attendre. La première, celle de l’Unesco.

Dépité, cet organisme de l’ONU a dépêché mi-janvier sa directrice générale à Kinshasa pour besoin de clarification. La directrice générale est rentrée à Paris avec une promesse ferme du gouvernement congolais de revoir sa décision et, éventuellement, recadrer son action par rapport à l’activité pétrolière dans le parc des Virunga. A noter que l’Unesco a un droit de regard sur le parc des Virunga, classé patrimoine commun de l’humanité.

TROUBLANTES REVELATIONS DE LA MONUSCO

Sur le terrain, les gardes du parc des Virunga et les hommes de Soco International ne font pas bon ménage. Ce qui en fait une source de tension qui rajoute aux révélations faites tout récemment par la Mission de l’Onu pour la stabilisation du Congo (Monusco) lors d’un de ses points de presse hebdomadaires.

Le porte-parole de la Monusco a fait état, sans autre précision, de la naissance d’un mouvement rebelle à partir du parc des Virunga. Evitant de s’étendre dans le sujet, il a sagement renvoyé la presse au gouvernement pour de plus amples détails sur le dossier. Avertissement ou puce à l’oreille des décideurs ? Loin s’en faut. Selon la Monusco, quelque chose de pas catholique du tout se prépare dans le parc des Virunga.

Il n’est point besoin de se voiler la face. Trop d’événements se déroulent actuellement dans le parc des Virunga. Les tueries à répétition sont des signes précurseurs d’un plan machiavélique destiné à ouvrir un nouveau foyer de tensions dans la partie Est de la RDC. L’existence d’un projet macabre prenant racine à l’intérieur même du parc n’est pas à exclure. Quand bien même ses tenants tarderaient à opérer à visage découvert. Ce qui est à craindre c’est que du jour au lendemain un embrasement généralisé se déclare dans la région.

Il appartient au gouvernement de se ressaisir avant que les choses ne prennent des proportions difficilement maitrisables. D’autant que jusqu’à ce jour, la série noire du parc des Virunga ne semble l’émouvoir. Pas étonnant, quand on sait que les conseils des ministres sont devenus rares. Alors que ce sont des occasions uniques pour traiter des dossiers urgents de l’Etat.

Par ailleurs, les événements du parc des Virunga donnent raison à ceux qui pensent que les tireurs des ficelles du plan de balkanisation de la RDC n’ont pas encore dit leur dernier mot. Il y a une bonne raison à cette insécurité délibérément entretenue dans le parc.

Deux cas de figure peuvent être évoqués. Soit, ces actes de barbarie ont pour but de décourager toute forme d’opposition au déploiement des équipes de Soco International prêtes pour l’exploration pétrolière dans le parc. Soit, il s’agit de la poursuite des actes visant à recréer l’incertitude quant au retour durable de la paix dans la partie Est de la RDC. Dans ce cas, le but poursuivi est de tenter de prouver l’incapacité des autorités établies de la RDC à gérer efficacement la situation de l’Est. Un argument qui attesterait l’instabilité récurrente et légitimerait la thèse de démembrement de la RDC. Aux fins de créer de petits Etats gérables.

Pour rappel, le parc des Virunga a été créé en 1925. Il a été classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Il abrite notamment des gorilles des montagnes et quelques gorilles des plaines, espèce menacée d'extinction.

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