Chapitre 6 : La Mahi-Kari et la magie indienne
Mon entrée dans la Mahi-Kari
Un ami de mon grand frère, m’informa des merveilles qui se passaient dans une récente secte orientale
implantée dans notre pays. Il s’agissait de la Mahi-Kari. Très peu de gens connaissaient son existence et
encore moins y avaient adhéré.
Bien que n’étant pas une religion en soi, la Mahi-Kari enseignait une doctrine bien différente de celles que
J’avais connues jusqu’ici.
Toujours à la recherche d’une hypothétique guérison, je n’avais d’autre alternative que de m’engager dans
cette nouvelle voie, malgré mes différentes déceptions enregistrées dans le passé.
Je dus payer avec des devises mon adhésion, ainsi que l’achat de « l’omitama, » un dieu étrange aux facultés
bizarres. Pourquoi bizarres? Tout d’abord, parce qu’il fallait l’acheter, ensuite parce qu’il fallait le transporter,
le protéger, et, au besoin, le cacher. Ce dieu me fut présenté sous la forme d’un médaillon creux comportant
un bout de papier représentant l’effigie d’une personne.
Malgré les prévisions des hommes, le délai fixé pour ma mort était déjà expiré, mais j’avais toujours cette
épée suspendue au-dessus de ma tête. Je croyais à tout ce que l’on me demandait de croire, afin d’atteindre
mon but, qui n’était que la guérison physique.
Ma ferveur fut si manifeste qu’en peu de temps je gagnai la confiance des maîtres. Ce qui me valut le titre de
« donneur de lumière. » Quelle lumière pouvais-je transmettre aux autres, sinon une lumière noire et pleine de
démons?
Cette secte enseignait aussi la réincarnation, ce qui lui attirait un nombre croissant d’adeptes. Les gens y
venaient en masse car on leur disait qu’ils n’avaient plus que quelques occasions, au plus, de revenir sur la
terre avant d’être en harmonie avec leur dieu. Ces différentes réincarnations devaient les libérer de leurs
diverses imperfections. Ainsi remplis de l’espoir de renaître bientôt parfaits, les adeptes se voyaient tout
permis dans cette vie.
Le christianisme donne aux enfants de Dieu le pouvoir de dominer sur la création (Marc 16:15). En
revanche, dans la Mahi-Kari, l’homme doit tout faire, par ses propres efforts et ses propres moyens, pour
dominer sur la nature et sur ses semblables.
Mais je fus vite lassée. Mon corps accusait de plus en plus de faiblesse et de fatigue. Lorsque je demandais
pourquoi je demeurais toujours malade, on me répondait que c’était une question de comportement. « Ces
esprits viennent du cinquième ciel. Dès qu’ils auront terminé de faire ce qu’ils ont à faire en vous, ils vous
laisseront libre… »
Les deux-tiers des enseignements que nous recevions concernaient les moyens d’obtenir des biens
matériels. Des questions telles que celles-ci: « Comment devenir riche? Comment doubler son capital? »
étaient courantes dans leurs réunions.
En outre, je ne croyais pas à leur dieu. Même un petit enfant aurait pu déceler la supercherie. Quel était ce
dieu qui, au lieu de nous secourir; de nous sauver, de nous guérir et de nous protéger, devait se laisser
transporter ou dissimuler par nous, alors que c’était à nous de recevoir sa protection et son soutien?
Je n’avais que faire de ce dieu pour riches. Comment un pauvre aurait-il pu se payer les devises
nécessaires pour acheter l’omitama? Oui, même un petit enfant aurait pu déceler le subterfuge.
Mieux valait pour moi me résigner à mon sort et attendre calmement la mort, plutôt que faire souffrir mon
âme inutilement. Toutefois, l’idée de mourir si jeune me chagrinait beaucoup. J’avais un mari et quatre
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enfants que je chérissais. J’étais prête à tout sacrifier pour eux. Pourquoi la maladie s’acharnait elle tant sur
moi, alors que le monde était rempli de candidats au suicide?
En dernier ressort, je priai Dieu. Je n’avais souvent pensé à Lui qu’en dernier ressort, lorsque mon
intelligence avait épuisé toute autre solution. Ma foi a donc commencé quand j’ai constaté mon ignorance.
Satan m’avait tellement avilie que mes jambes et mes pieds avaient démesurément enflé, au point que je ne
pouvais mettre aucune chaussure. Pour me chausser, je devais utiliser des cartons maintenus à J’aide de
ficelles. Un démon s’était logé dans mon dos et m’obligeait à rester en permanence dans une position
inclinée.
Même en ces temps difficiles, où un seul regard porté sur moi incitait à la répugnance, Jean demeura à mes
côtés.
Mon premier contact avec la magie indienne
Il existe en Inde une organisation magique occulte dont je tairai le nom, et qui avait, à cette époque-là, deux
bureaux de représentation en Afrique. Le premier bureau se trouvait au Malawi, tandis que le second était
situé dans la ville même de Lubumbashi.
Un après-midi, alors que je revenais de chez une parente, près de la gare, un inconnu m’interpella: c’était le
représentant de l’organisation magique indienne au Zaïre.
- Hélas! Qui es-tu pour supporter le poids d’un aussi grand nombre d’individus?
Je me tins sur le qui-vive, pour voir s’il s’adressait bien à moi ou à un autre passant. En moi-même, je ne
manquai pas de m’interroger sur l’identité de celui qui pouvait « voir » les personnes dont je ne percevais que
les voix. J’étais certaine qu’il avait voulu parler de ces personnes.
Malgré mon silence, l’homme insista:
- Hé bien, toi, pour qui te prends-tu? Pour la reine d’Angleterre, ou pour qui? C’est bien à toi que je
m’adresse! Pourquoi fais-tu semblant de ne pas m’entendre? Ne sais-tu pas que j’ai la possibilité de te
libérer de toute cette charge? Sois sage, et réfléchis un peu. Si je t’aide, que perds-tu et qu’ai-je à gagner?
Rien!
J’étais tellement dégoûtée de la vie que je n’eus même pas le courage de répondre à ces paroles, ne seraitce
que par politesse.
Comme un automate, je poursuivis ma route.
Cependant, poussé par je ne sais quelle force ou autorité, l’inconnu, loin de se décourager, me poursuivit,
malgré mon manque d’intérêt.
- Sois sage et raisonnable! Je te donne tout de même mon adresse, pour le cas où tu changerais d’idée et
que tu voudrais me joindre!
Il me donna verbalement son adresse et me devança.
Tout au long de son discours, je ne me suis même pas retournée pour voir à quoi ressemblait son visage.
Continuant ma route en silence, je m’apitoyai seule sur mon sort et me mis à pleurer. Je me dis: « Pourquoi
ai-je été si grossière envers cet inconnu? Comment a-t-il « vu » ceux qui me parlent souvent? S’il a pu les voir,
c’est qu’il n’est pas un profane. »
Une fois rentrée à la maison, je continuai à me poser ces questions. N’avait-il pas raison, après tout?
Qu’avais-je à perdre, puisque, dans l’état où j’étais, tout était perdu? Autant le revoir.. Ma décision fut prise, il
fallait que je le rencontre!
Le lendemain après-midi, j’étais chez lui. D’après le nombre de véhicules que je vis garés chez lui, je
compris que cet homme ne devait pas être un simple féticheur, mais qu’il était bien plus que cela. Un peu
rassurée, je pénétrai dans la propriété. Lorsqu’il m’aperçut, il s’écria de loin, comme s’il s’attendait à ma
visite:
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- Enfin, te voici! En tout cas, tu as bien fait de venir. Tu vas guérir de toutes tes maladies. Ce qui compte le
plus ici, ce n’est ni le zèle ni la foi, mais le courage. Il te faudra beaucoup de courage… Je vais te soumettre
à différents tests. Seuls les résultats diront si tu es apte ou pas.
Un peu contrariée, à cause de toutes mes déceptions passées, je répondis durement à mon interlocuteur:
- Ce n’est pas la peine que je fasse vos tests! Je suis courageuse, je le sais! Il y a quelques années, je me
rendais parfois seule la nuit au cimetière.
Autre fois, toujours à la recherche de ma guérison, j’ai passé une nuit dans un marigot plein de crapauds
Dans des sectes où J’ai été, J’ai assisté sans broncher au sacrifice de certaines victimes! Il n’y a rien à
redire à mon courage!
- Tu es peut-être courageuse, je l’admets. Cependant, les ordres sont que tu passes tes examens avant
toute autre chose, et il vaut mieux le faire d’abord. Le reste viendra après. Mais puisqu’il se fait déjà tard,
reviens demain après-midi pour assister aux premières séances avec les autres.
En me raccompagnant, nous traversâmes une salle pleine de gens nus, allongés à même le sol, ventre en
l’air. Dans une autre salle, certaines personnes semblaient suivre un cours.
L’initiation
Le lendemain, lorsque je revins, on me donna un crayon à bille et un cahier pour prendre des notes. Je fus
conduite dans la seconde salle aperçue la veille. Nous devions mémoriser des phrases dont je ne
comprenais pas la signification, car elles étaient dans une langue étrangère à consonance orientale.
L’enseignant se servait d’une baguette pour cadencer le rythme de la prononciation. Ce n’est pas sans
raison que je mentionne ce détail. En mémorisant ainsi ces textes, nous nous ouvrions au diable et à ses
démons, à notre insu. Le diable utilise la parole, non seulement pour propager son message mortel, mais
aussi pour posséder les âmes. C’est ainsi par exemple que lorsqu’un magicien prononce une formule
magique, il utilise un code qui doit nécessairement déclencher un certain mécanisme.
Le maître avait pour moi une considération qui me déconcertait parfois. Si j’avais été encore coquette, cela
aurait pu se comprendre. Mais ma condition actuelle touchait à la laideur, et je ne voyais rien en moi qui
pouvait l’intéresser ou lui plaire. Cela m’intriguait et ne manquait pas de me mettre mal à l’aise.
Dans la Rose-Croix, on pouvait se dédoubler et aussi parler avec des végétaux. Je découvrais à présent,
chez mon nouveau maître, que le diable pouvait transformer un homme en animal, en une mouche, un boa,
un crocodile, un moustique, etc.
Les véhicules que j’avais aperçus lors de mon arrivée n’appartenaient pas à des visiteurs, mais à des clients.
Un jour, après un cours, mon maître me dit confidentiellement:
- Chère madame, dans ce bas monde, il n’y a rien pour rien. Les personnes qui viennent nous consulter ne
le font pas gratuitement. Ils doivent payer un certain prix, soit en espèces, soit en échange d’une vie
humaine, soit encore en faisant certaines tâches. Pour toi, ne t’inquiète pas, car ton cas est un peu spécial-
Tu ne dois rien payer, car c’est moi qui t’ai trouvée, et non l’inverse. Il y a des gens qui n’ont pas payé ce
qu’ils nous doivent. Ceux-là payent leurs dettes de leur liberté. Ils sont transformés en animaux, en boas, en
singes, en léopards, etc…. et ils sont vendus à des zoos ou des cirques. C’est très simple… Je les
métamorphose en animaux, et je bloque le processus de retour à leur forme humaine par des formules
appropriées. La victime reste pour de bon dans sa condition. On la ligote, on la met en cage, et on la vend
en Ouganda, en Tanzanie, ou le plus souvent au Kenya. Le drame de ces personnes, qui restent sous une
forme animale, c’est qu’elles continuent à voir et à entendre exactement comme des hommes, mais sans
pouvoir communiquer avec nous!
Premières expérimentations
Les cours touchèrent à leur terme. Vint ensuite le temps des expériences. Un après-midi, nous nous
trouvions dans l’une des salles, spacieuse et non meublée. Tout le monde se coucha nu, face contre terre.
Nous devions remuer nos quatre membres à la manière d’un nageur dans l’eau. Nous avions répété
plusieurs fois ce même exercice, lorsque le maître entra dans la salle où nous nous trouvions, et nous donna
l’ordre de fermer les yeux. Il menaça sévèrement tous ceux qui désobéiraient à ses ordres. Il nous ordonna
ensuite de réciter certaines des phrases que nous avions apprises par coeur, en ayant bien soin de
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prononcer convenablement chaque mot, et d’aspirer une bouffée d’air après chaque phrase.
Malgré l’interdiction du maître, ma curiosité me poussa à désobéir. Je voulais savoir à quoi servait toute
cette mise en scène. Allongée sur le sol, au lieu de fermer les deux yeux, je n’en fermai qu’un seul, et
observai ce qui se passait au moyen de mon oeil entrouvert.
Sous mon oeil médusé, je vis une métamorphose se produire. Mon voisin devint un monstre moitié serpent,
moitié homme. Les pieds, les jambes et une partie du tronc s’étaient déjà transformés en la queue d’un
serpent, tandis que la poitrine, les bras et la tête conservaient encore leur forme humaine.
A la vue de cette scène, je perdis courage et je pris peur. Je voulus me sauver, fuir et partir au loin. Mais je
me rappelai les imprécations du maître et les conséquences qui en découleraient. Aussi, je m’abstins et me
concentrai sur l’exercice. Ceci me prit un peu de temps et me causa un léger retard. Je fus la dernière à me
transformer en boa.
Je sentais un affaiblissement total. Ouvrant les yeux pour voir ce qui m’arrivait, je découvris que tout mon
corps avait pris la forme d’un serpent. Seule ma tête conservait encore une forme humaine!
J’eus un second étourdissement et, à mon réveil, j’étais entièrement un serpent, un énorme boa. Au lieu de
marcher, je rampais. A la place de paroles, sortaient de ma bouche des sifflements identiques à ceux d’un
serpent. Toute la salle était remplie de boas. Seul le maître, debout, avait conservé sa forme humaine.
J’entendais tout, et je voyais tout ce qui entrait dans mon champ visuel. Cependant, je ne pouvais pas
m’exprimer!
Une demi-heure plus tard, je ressentis comme un étourdissement. Lorsque je repris connaissance, je me
retrouvai dans mon corps, avec mes maladies. J’avais pourtant été heureuse de constater que, sous forme
d’un boa, je n’avais pas de difformités. Ce qui m avait poussé à penser que j’étais guérie. Quelle ne fut pas
ma déception lorsque, reprenant ma forme humaine, J’observai avec amertume qu’aucune guérison ne
s’était produite.
Trois semaines plus tard, j’étais capable de me métamorphoser en boa, en abeille, en moustique, en
crocodile, en léopard, etc…. sans le concours du maître.
Cela m’amusait beaucoup. Je pouvais ainsi oublier mes malheurs. Lorsque je prenais la forme d’une abeille,
par exemple, je pouvais revenir à la maison, voir et entendre tout ce qui s’y passait, mais sans pouvoir
intervenir.
Le revers de la médaille était que, lorsqu’une personne se trouve sous la forme d’un animal ou d’un insecte,
si cet animal ou cet insecte est tué, la personne doit nécessairement mourir, non pas sur place, mais une
fois rentrée à son domicile.
Jean me reprochait souvent mes absences injustifiées les après-midi. Il voulait que je lui donne des
explications. Mais il m’était impossible de lui en donner. Le maître nous avait formellement interdit de
dévoiler notre secret, même à notre conjoint.
Mais Jean devenait de plus en plus soupçonneux! Cela me causait de la peine, car il demeurait mon mari et
le père de mes enfants, et je l’aimais de tout mon coeur!
En outre, je ne pouvais rien lui dire par crainte de perdre l’unique possibilité de guérison que je croyais avoir.
Que faire alors? Je décidai de lui jouer la comédie, comme nous, les femmes, nous savons le faire.
Un jour, je fus en retard sur mon horaire habituel. Lorsque Jean me vit, il afficha une attitude qui me
déconcerta et me mit mal à l’aise. Je lui dis:
- Vous, les hommes, jusqu’où votre jalousie peut-elle vous mener? Crois-tu qu’une femme dans mon état
pourrait être désirée? Cher mari, dis-moi quel homme, aussi obsédé soit-il, pourrait s’approcher de moi. Si tu
as consenti jusqu’ici à supporter ma présence à tes côtés, c’est que tu as été le témoin de ce qui m’est
arrivé. Tu sais dans quelles conditions nous nous sommes mariés, et dans quelles circonstances… Non,
Jean, je ne peux plus te laisser avoir une attitude qui en dit long sur ce que tu penses!
Et je me mis à pleurnicher pour bien conclure ma comédie. Ce ne sont pas des attitudes qu’il faut
recommander à des soeurs régénérées. Si j’écris ce passage, c’est pour servir d’exhortation. Mais Jean ne
fut pas dupe de mon jeu. Bien au contraire. Un jour, il me suivit sans que je m’en aperçoive.
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‘Je ne l’aperçus qu’au dernier moment, et je n’avais plus aucun moyen de faire demi-tour ni de l’esquiver.
J’entrai donc chez mon maître, et lui expliquai que « mon mari était à mes trousses ».
En un temps record, je me transformai en boa. Le maître n’eut que le temps de cacher mes habits dans un
tiroir, et Jean fit irruption dans la pièce.
- Où est ma femme? demanda-t-il.
- De quelle femme parles-tu, cher monsieur? Lui rétorqua le maître.
Je parle bien de mon épouse! Celle qui vient d’entrer dans cette salle. Je la suis depuis la maison. Elle n’a
pu aller ailleurs. Je l’ai vue entrer ici, dans cette pièce!
- Mais regarde bien la pièce où nous nous trouvons. Il n’y en a qu’une. Cette fenêtre donne sur l’endroit par
lequel tu es venu. Si ta femme est entrée ici, comme tu as l’audacieuse prétention de le dire, trouve-la donc!
Sinon, présente-moi des excuses et dégage le plancher, car tu es en train de violer mon domicile
J’étais bien présente, mais Jean ne le savait pas.
Enroulée sur moi-même dans un coin, je suivais le spectatrice le dialogue entre les deux hommes. A la fin,
Jean s’exclama, découragé:
- Ce n’est pas possible, mon Dieu, ce n’est pas possible! Je rêve ou quoi? J’ai suivi Françoise depuis la
maison, jusque dans cette pièce. Où est donc passée ma chère épouse? Je ne vois qu’un boa et toi ici…
Mais où est donc passée ma femme?
- Es-tu malade, ou quoi? Ai-je affaire à un fou? Je te dis de t’en aller, ou je vais porter plainte!
Jean n’était pas d’un tempérament compliqué. Il s’excusa et s’en alla. J’eus un pincement de coeur en
voyant le désarroi de mon mari. Après son départ, je repris forme humaine et le suivis à la maison.
Je le trouvai morose, l’air mélancolique. Il ne me posa aucune question, mais sa façon de me regarder en
disait long. Avait-il des soupçons, ou avait il simplement compris que sa chère Françoise n’était autre que ce
boa dans le coin de la pièce?
De peur de perdre mon mari, je décidai d’abandonner la magie indienne. Si je vivais, c’était en grande partie
pour lui. Que deviendrais-je s’il m’arrivait de le perdre? A quoi ressemblerait ma vie?
Une fois ma décision prise, j’allai trouver le maître et lui dis ceci:
- Cher maître, voici plusieurs mois que je fréquente ces lieux, sans que cela change quoi que ce soit à mon
état actuel! Depuis qu’il m’a suivie ici, mon mari ne m’adresse plus la parole comme avant. J’en souffre
beaucoup! Parfois, il me regarde d’une drôle de façon. Dis-moi, maître, ce qui me reste à faire, pour que je le
fasse!
Il me considéra attentivement pendant un moment, avant de me demander:
- Qui pourrait s’inquiéter le plus, en cas d’une absence prolongée de ta part?
- Cela dépend de la durée de mon absence.
- Trois jours au plus.
- C’est à mon mari, et à personne d’autre, que j’aurai le plus de comptes à rendre. Où comptes-tu
m’emmener? Aurais-tu l’intention de me vendre au Kenya?
- Mais non! Ne sois pas idiote à ce point! Et puis, tu oublies, je pense, nos consignes? Tes questions ne
dissimulent-elles pas ta peur? Pourtant, tu sais fort bien que le courage nous est recommandé, rappelle-toi
bien! Apporte-moi les restes des aliments de ton mari, ainsi qu’un peu de la poussière de son talon droit.
C’est pour le neutraliser pendant deux ou trois jours.
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Le lendemain, je lui apportai ce qu’il avait exigé. Il introduisit ce que je lui avais apporté dans une bouteille
aux trois quarts remplie d’une substance qui m’était inconnue. Avant de refermer la bouteille, il prononça par
trois fois le nom de mon mari, puis il agita fortement la bouteille.
- Ainsi, personne ne sera en mesure de t’inquiéter pendant deux à trois jours.