09 mars 2010

Nous sommes au temps de la recolte, ou est passe Bomboko?

Pour mieux comprendre le Néocolonialisme en République Démocratique du Congo

Bomboko, épouse de l’ambassadeur des Etats-Unis, Mobutu, ambassadeur des Etats-Unis, Devlin chef de la CIA au Congo (1960-1972), son adjoint et Nendaka : décembre 1965 à Léopoldville

Août 1961, à Léopoldville, Dag Harmaskjoel Secrétaire Général de l’ONU, Cyrille Adoula Premier ministre du Congo et Antoine Gizenga Vice-premier ministre

Fin juillet 1961, à Léopoldville, Antoine Gizenga Vice-premier ministre, Cyrille Adoula Premier ministre et Justin Bomboko ministre des Affaires étrangères

Août 1964, à Léopoldville, Moïse Tshombe Premier ministre, Joseph Kasa-vubu Chef d’Etat et Joseph Mobutu Commandant chef de l’armée

Mon article a été publié dans KIMPWANZA à Rome (Italie) en septembre 1996. Je crois qu'il n'a pas perdu toute sa pertinence 5 ans après.

Chaque chose a son temps

Le temps des néocolonialistes de l’ex-Congo-Belge est vers la fin, celui des Mobutu, Bomboko, Tshisekedi, Ngalula, Boboliko, etc…aura une triste fin si notre peuple comprend que ce sont eux qui ont détruit notre nation devenue indépendante le 30 juin 1960 après 350 années d’esclavagisme et 80 années de colonialisme.

Le bilan de leurs 36 années de gestion est pire que les 350 années d’esclavagisme et 80 années de colonialisme. Et ils continuent toujours à tuer la prospérité des enfants de leurs petits-fils.

Nous n’avons rien à recevoir d’eux et ils ne représentent aucun espoir pour notre nation ni pour notre peuple. Leur souci aujourd’hui est celui de mourir malade pour bénéficier d’un enterrement avec l’honneur que ne mérite d’ailleurs aucun d’eux.

Notre lutte ne doit donc pas être celle de couper les branches d’un gros arbre fruitier de mauvais, mais celle de détruire les racines de cet arbre pour qu’il tombe avec toutes ses branches et le carboniser entièrement pour qu’il ne puisse plus repousser.

Ensuite planter un arbre fruitier qui nous produira les meilleurs fruits, au bon goût de tout le monde, et ainsi réaliser la prospérité des enfants de nos petits-fils et leur enseigner comment entretenir ce bel arbre et ses branches pour les générations à venir.

Mobutu est ce gros arbre qui produit les mauvais fruits dans notre pays. Les Kengo, Boboliko, Kibassa, Kititwa, Tshisekedi, Nendaka, Bomboko, Kamanda, Pay-Pay, Mungul Diaka, Sambwa, Mokolo, Mandungu, Kamitatu, Seti, Eluki, Nzimbi, Ngbanda, Baramoto, Bolozi, Sakombi, Mananga, etc…pour ne citer que cet échantillon réduit, sont les branches de l’arbre mobutu.

Le risque pour l’avenir est grand si nous ne faisons rien pour déraciner cet arbre et ses branches, car notre mode de vie au pays et à l’étranger est le fruit de l’arbre mobutu et ses branches. Nous devons réfléchir sur les acrobaties que nous réalisons chaque jour pour pouvoir survivre, les humiliations que nous supportons deviennent de plus en plus pires que la mort elle-même.

Par-dessus le marché, ce gros arbre du Zaïre et ses branches ont des racines à des milliers de kilomètres de chez nous. C’est la raison d’être de ce numéro spécial de KIMPWANZA, qui vous livre la réalité à ne pas négliger dans vos consciences, si vous tenez à l’avenir de notre pays et de son peuple. Une réalité qui doit vous tenir à cœur, beaucoup la connaisse, mais ont peur d’élever la voix.

Il n’en est pas question, je suis en conscience hautement tranquille et toujours prêt à un débat public avec les représentants des néocolonialistes et de toutes les puissances étrangères qui les soutiennent.

TRENTE-SIX ANS APRES :

La CIA toujours aux commandes au Congo-Zaïre

L’ignorance de l’histoire d’un pays est une calamité qui induit le peuple dans l’obscurité vis-à-vis de ses responsabilité s. C’est vrai, au 30 juin 1960, il n’y avait presque pas d’intellectuels congolais à même de prendre les destinés de notre pays nouvellement souverain. Toutefois, il y avait un homme d’une instruction self-made-man remarquable et dont le monde impérialiste avait énormément peur, il s’appelait Patrice Emery Lumumba.

Les impérialistes n’avaient qu’un seul projet : empêcher les Congolais de se rassembler autour de ce dernier afin d’éviter que ne soient touchés leurs intérêts au Congo. Et par les jeux des services secrets occidentaux, Mobutu entra dans la famille nationaliste et se fit un ‘‘fidèle’’ lieutenant de Lumumba et ce, bien avant l’indépendance.

Devenu secrétaire particulier de Lumumba depuis la table- ronde de Bruxelles, Mobutu se trouva à son aise au cœur des nationalistes, dont la victoire de la coalition porta Lumumba au poste de premier Premier ministre de notre pays indépendant.

Ainsi Mobutu, aux yeux de Lumumba, fut un garçon modèle avec toutes les libertés d’accès aux secrets du programme nationaliste qui allait gérer le pays. Devenu Secrétaire d’Etat à la primature, donc toujours très proche de Lumumba, désormais aucun secret ne pouvait lui échapper.

Suite à la déclaration du Général Janssens, commandant en chef de la Force Publique coloniale, selon laquelle l’armée restait celle d’avant indépendance, les soldats congolais crurent que l’indépendance ne leur servirait pas, d’où la mutinerie. Pour éviter la dégradation totale de la situation créée par le Général Janssens, Patrice Lumumba désigna l’Adjudant-infirmier Victor Lundula en qualité de commandant en chef de l’Armée Nationale Congolaise (ANC) qui venait de naître, en l’élevant au grade de Général-Major.

Ensuite, il nomma Mobutu, ex-sergent de la Force Publique, au poste de chef d’Etat-Major de la naissante armée congolaise avec le grade de Colonel. Bienvenues les griffes de Mobutu !

Sa désignation comme numéro deux de l’armée était très mal accueillie par les vieux gradés d’élites (Premier Sergents-Majors) devenus les premiers Adjudants Congolais en 1959, comme Bobozo, Bosango, Nyamaseko, etc…ces derniers diront ouvertement à Lumumba de ne pas récupérer Mobutu dans l’armée, alléguant que c’était un voyou qu’ils connaissaient très bien à Luluabourg. Mais il était impossible de convaincre Lumumba contre la réalité civique de Mobutu.

Il y eut beaucoup d’opposition sur cette nouvelle désignation de Mobutu. Pierre Mulele demanda à Lumumba le poste de Ministre de la défense pour organiser la nouvelle armée, car il connaissait très bien Mobutu comme agent de renseignement dans la Force Publique. A savoir que Mulele et Mobutu étaient ensemble dans la formation militaire – mais en vain !

L’exécution bestiale de Pierre Mulele en 1968, sur ordre de Mobutu, n’était pas la conséquence de la guerre de libération amorcée au Kwilu le 1er janvier 1964, mais plutôt la matérialisation de la colère de Mobutu contre Pierre Mulele vu que ce dernier voulait empêcher son hasard de devenir l’homme du 24 novembre 1965 – qu’il était effectivement devenu.

Pierre Mulele fut officiellement assassiné à cause de cette guerre contre le néocolonialisme. Mais comment expliquer que les Christophe Gbenye, Bula Mandungu (Thomas Nyati) et Thomas Kanza ont-ils échappés à cette punition suprême néocoloniale ?

Gbenye était le Président de cette guerre, Kanza Ministre des affaires étrangères et Mandungu Ministre de la propagande. L’histoire depuis le 30 juin 1960 doit être écrite par les victimes du néocolonialisme, car sans connaissance profonde de notre histoire, aucune autre lutte ne sera possible pour nous délivrer de cette domination qui a remplacé le colonialisme belge, comme l’a si très bien dit Pierre Mulele le 9 juin 1963 avant de déclencher la grande lutte armée de libération : Le pays est entrain de mourir à cause des manœuvres colonialistes. Les colonialistes veulent nous imposer une nouvelle forme de domination, un néocolonialisme c’est-à-dire une domination par l’intermédiaire de nos propres frères traîtres, corrompus, les réactionnaires de la bourgeoisie.

Le pays est tombé entre les mains d’une caste qui ne cherche qu’à s’enrichir d’une manière scandaleuse, rapide, révoltante, impitoyable au détriment des intérêts du peuple qui continue à mourir de faim et à être privé de ses droits les plus élémentaires. Nous devons nous désillusionner d’attendre notre bonheur de l’extérieur. Au contraire le bonheur d’un peuple doit se fonder sur son effort intérieur.

Ceux qui se définissent vraiment nationalistes- lumumbistes, malgré les déloyautés ne se comptent plus, doivent chercher à connaître l’étonnante faiblesse de notre héros envers Mobutu. Patrice Lumumba, dans sa lettre adressée à son ami Emile Luhayi le 28 avril 1954, mentionne : ‘‘ J’ai trop de projets qui sont certainement concentrés et dirigés vers un seul idéal : avoir une formation poussée, toujours poussée, car pour moi, la richesse n’a aucune valeur.

Je préfère avoir une instruction suffisante que d’être riche, ignorant. Que je parte à l’université ou non, je dois me découper en quatre pour devenir un homme relativement instruit afin de servir ainsi mieux ma patrie’’.

Les contestations contre la désignation de Mobutu au poste de chef d’Etat-Major de la naissante armée congolaise, étaient un grand cri d’alarme pour que Lumumba se débarrasse de Mobutu à moins de 10 jours de l’indépendance, car il avait jusque-là tous les moyens de le faire – mais en vain.

Quand il comprit que Mobutu est un traitre, tous les plans de la CIA et du pouvoir belge contre lui, fonctionnaient déjà à 100%, et Mobutu ayant accès à tous les secrets de Lumumba, fut le cerveau moteur de la confiscation de notre indépendance par la Maison Blanche et le pouvoir belge. Lumumba démit Mobutu et le remplaça par son Ministre de la jeunesse et des sports, Maurice Mpolo qui avait fait aussi son service militaire dans la Force Publique.

La CIA et les services secrets belges incitèrent alors Kasa-vubu à sa qualité du Président de maintenir Mobutu au poste de Chef d’Etat-Major, bien qu’il n’ait pas été nommé par lui. C’était l’origine de la grande confusion dans la nouvelle armée et la création de l’armée néocoloniale au Congo par la CIA et les services secrets belges.

Ainsi, les parrains du néocolonialisme obligèrent Kasa-vubu de destituer illégalement Lumumba le 5 septembre 1960 alors détenteur du pouvoir du peuple congolais. Dans la campagne de ces manœuvres au lendemain du 30 juin 1960, Mgr Joseph Malula fut un artisan potentiel en prêchant des mensonges contre les nationalistes.

Il annonçait dans des églises catholiques que Lumumba était communiste et qu’il veut transformer le pays en communisme. Dans le communisme, clamait Malula, ton vélo appartient à tout le monde ; personne ne peut fermer la porte de sa maison, quiconque a le droit d’entrer à ton absence pour prendre la radio de ta sueur.

Pire, ce qui dérouta complètement la population noire de Léopoldville, c’était quand l’homme de Dieu dit que : ‘‘ dans le communisme la femme d’autrui n’existe pas, lorsque vous êtes absent de la maison, votre voisin est libre d’y entrer et de coucher avec votre femme’’. Voilà ce mode de vie que Patrice Lumumba veut introduire chez nous, le communisme.

Ce rappel est très important pour notre histoire, même si le communisme est tombé à sa source. Le néocolonialisme au Congo n’est pas seulement une fabrication des intérêts occidentaux, mais aussi de l’église catholique romaine que l’histoire nous apprend avoir été à l’avant-garde du colonialisme dans notre pays.

La grande majorité de notre peuple est constituée des jeunes nés à partir de 1960, ils doivent effacer dans leur mémoire la considération de la propagande occidentale qui vénère Malula comme le bienfaiteur nationaliste dont Mobutu avait peur.

Beaucoup des jeunes congolais-zaï rois regrettent la mort du Cardinal Malula, car s’il était encore en vie durant la période de la conférence nationale, il aurait destitué Mobutu Sese Seko.

C’est encore ici la construction d’une histoire qui risque de perpétuer le néocolonialisme dans notre pays, car Malula est l’un des grands artisans qui ont destitué illégalement Patrice Lumumba le 5 septembre 1960 et aussi qui ont porté Mobutu au pouvoir. Par ce fait, il porte devant l’histoire une partie des responsabilité s sur la disgrâce de notre nation.

Certes, à une période à partir de 1969, il s’est opposé contre Mobutu face à l’alourdissement de la misère de notre peuple et les assassinats des étudiants de l’Université Lovanium. Comme aussi avant l’indépendance, il défendait la valeur nationale de Simon Kimbangu. Mais pourquoi avait-il accepté en juillet 1960 de servir la propagande de la haute finance étrangère contre le nationalisme pour implanter le pouvoir néocolonial dans notre pays ?

Toutefois, dans cette lutte de reconquête de notre souveraineté, l’église catholique romaine a dans son sein de nombreux jeunes prêtres et sœurs congolais-zaï rois, ainsi que des prêtres et sœurs blancs qui sont déterminés contre ce néocolonialisme (le mobutisme).

Nous les connaissons déjà à travers le grand travail qu’ils fournissent dans la clandestinité pour notre libération. Les mécanismes du néocolonialisme dans notre pays sont tellement présents que les intellectuels et non intellectuels, les travailleurs, les étudiants, les paysans, etc…se laissent manipuler comme des petits enfants et se retrouvent en grande partie hors de la réalité politique de notre pays.

Revenons à l’après-destitution de Lumumba. La journée du 14 septembre 1960 est la plus cruelle des vrais nationalistes où Mobutu sortit toutes ses griffés sous la protection de la Maison Blanche de Washington et du Palais Royal de Bruxelles contre l’avenir de notre nation et son peuple. Mobutu réalisa son premier coup d’Etat contre Lumumba et Kasa-vubu, mais c’était exclusivement pour se débarrasser des vrais lumumbistes et préparer leur cortège des assassinats, dont la CIA et les services secrets belges confectionnaient les listes.

Mobutu mit en place le collège des commissaires généraux néocolonialistes formés par le pouvoir colonial belge comme Marcel Lihau, Justin Bomboko, Mario Cardoso (Losembe), Jean-Jacques Kande, Albert Ndele, André Boboliko, Fernand Kazadi, Jonas Mukamba, Etienne Tshisekedi, etc…et l’autre grand traitre Damien Kandolo, jusqu’au 14 septembre 1960 directeur de cabinet de Lumumba. Victor Nendaka est nommé administrateur général de la sûreté avec une farouche haine comme Mobutu, Bomboko, Ndele et Tshisekedi contre les vrais nationalistes. Quelques jours après, Mobutu rétablit Kasa-vubu, Chef d’Etat et ce dernier nomme Joseph Iléo Premier ministre de ce collège, qui avait le devoir de rassurer la récupération de notre souveraineté par l’ex-pouvoir colonial.

Après le 14 septembre 1960, Antoine Gizenga, Vice-premier ministre de Lumumba se retrancha au bunker des nationalistes à Stanleyville avec des Ministres fidèles à Lumumba et destitués ensemble le 5 septembre 1960. Le commandant en chef, Général-Major Victor Lundula, destitué lui aussi, retrouva ses fonctions à Stanleyville et dirigea les opérations militaires contre la sécession katangaise de Moïse Tshombe et celle du Sud-Kasaï d’Albert Kalonji à Bakwanga.

Le Secrétaire Général des Nations-Unies, Mr Dag Harmaskjoel favorisa les sécessions contre le pouvoir nationaliste de Patrice Lumumba. Le 17 janvier 1961 Lumumba, Okito et Mpolo sont assassinés par des officiers belges de l’armée sécessionniste devant Tshombe, Munongo et Kibwe après leur livraison à l’aéroport d’Elisabethville en présence des soldats suédois de l’ONU.

L’ordre de leur transfert de la prison militaire de Thysville pour Elisabethville via Moanda avait été donné par Kasa-vubu, Mobutu et Bomboko sous la supervision de la CIA et des services secrets belges. C’est Victor Nendaka qui fut leur convoyeur à bord d’un petit porteur de l’Air-Brousse piloté par un Belge de Thysville à Moanda.

Et de Moanda, Fernand Kazadi et Jonas Mukamba prirent la relève de convoyage à bord du DC-4 d’Air-Congo piloté par des Belges pour la destination finale de la mort à Elisabethville, au Katanga. Le 9 février 1961, la 2ème livraison de la mort des lumumbistes arriva à Bakwanga au Sud-Kasaï chez Albert Kalonji, sur ordre de Kasa-vubu, Mobutu et Bomboko. C’est Nendaka qui supervisa leur embarquement à bord de l’avion de la mort à l’aéroport militaire de Ndjili. Il s’agit de Jean-Pierre Finant, Pierre Elengesa, Emmanuel Nzuzi, Jacques Lumbala, Christophe Muzungu, Joseph Mbuyi, etc…

Les réflexions de Professeur Kalele font partie des versets de notre histoire

Professeur Kalele : février 2010

«La RDC va commémorer le 50ème anniversaire de la perte de son indépendance »

Le professeur Kalele, ancien ministre, s’insurge contre le néo-colonialisme qui se révèle plus dangereux que le colonialisme. Pour lui, le Congo est devenu une colonie internationale. Il souligne que les Congolais doivent se réarmer très sérieusement pour reconquérir l’indépendance de leur pays.

1. Beaucoup de gens disent que c’est une indépendance sur papier que le Congo a eu en 1960. Il n’a jamais été véritablement indépendant. Qu’en pensez-vous ?

Professeur Kalele: Ils n’ont pas tort. Il y a eu un mouvement général «la décennie des indépendances africaines» qui était venu après la Deuxième Guerre mondiale. Les Africains sont appelés à se battre aux côtés des Européens pour les libérer de l’emprise allemande. Ils découvrent donc qu’ils peuvent aussi demander leur indépendance.

Ce qui va suivre, c’est un problème réel compte tenu de la manière dont cette indépendance a été octroyée. Après avoir résisté très longtemps, les Belges ont été bousculés, puis ont lâché. Mais vous retrouverez également dans la lettre de Lumumba à sa femme Pauline, la toute dernière lettre, dans laquelle il dit qu’à peine accordée, cette indépendance a été arrachée.

Lumumba a été non seulement tué mais il a été empêché de gouverner le pays. Ensuite, sont venues les sécessions katangaise et du Sud-Kasaï, les guerres interethniques. Partout, le pays était ingouvernable. Lumumba parti, il y aura une accalmie. Mais le néo-colonialisme va s’installer et se révélera plus dangereux que le colonialisme. Parce que du temps de la colonie, on construisait des écoles, des hôpitaux, des routes, etc. Mais durant le néo-colonialisme, on ne fait que piller.

Avant que Laurent-Désiré Kabila qui appartenait à la jeunesse lumumbiste ne cherche à relancer le mouvement dans les années 90, il a eu d’abord Pierre Mulele qui a parlé de la deuxième indépendance.

Les puissances coloniales sont revenues pour combattre les Mulelistes. Une étude a même été financée abondamment par le Pentagone pour connaître la sorcellerie, les fétiches, les aliments des Mulelistes et les détruire. C’est comme cela que les Mulelistes ont été liquidés et les autres Lumumbistes poursuivis. Et quand Laurent-Désiré Kabila arrive, il tente de recouvrer cette indépendance.

On va se débarrasser de lui très vite. Aujourd’hui, effectivement, le Congo est simplement une colonie de la Belgique, une colonie internationale. Parce que les pays occidentaux ont changé de tactiques. Mais il se fait que, quand les gens revendiquaient l’indépendance, ces pays se confrontaient à plusieurs colonies à la fois. Personne ne pouvait aider personne. Maintenant, la stratégie est de se mettre en place pour coloniser. Aujourd’hui, quand vous touchez à la France, vous touchez aux Etats-Unis, à l’Allemagne, à l’Angleterre, etc.

2. Vous dites que le néo-colonialisme s’avère plus dangereux que le colonialisme, faut-il que le peuple se dresse contre le néo-colonialisme comme il l’a fait du temps du colonialisme ?

Professeur Kalele: Vous ne pouvez pas aller dans le schéma classique avec la lutte armée ou la non-violence. On ne peut réussir une révolution, sans les masses populaires. Donc, quelle que soit la voie que vous impose la conjoncture politique du moment, vous devez compter avec les masses populaires.

Et lorsqu’elles sont mobilisées et politisées, elles dégagent les énergies telles qu’aucun pouvoir oppresseur ne saura résister. Je prends un exemple : qui croyait que les Belges pourraient être chassés de ce pays ? Lorsque le vrombissement d’un véhicule retentissait dans un village, tout le monde fuyait.

Lorsqu’un seul Belge en culotte, escorté par deux policiers, faisait oublier aux parents les noms de leurs enfants au recensement, ils étaient fouettés. Après la fessée, ils devaient dire merci ! Mais avec la dynamique populaire dégagée par Lumumba, le peuple s’est mis debout et les Belges ont dû fuir. Il en est de même de Mobutu.

Qui pouvait croire qu’il pouvait partir en dépit de tous les fétiches africains et indiens ainsi que de toute la magie mis à sa solde et à celle de ses collaborateurs dans un pacte de sang (Prima Curia). Sans oublier l’argent donné dans les cartons.

3. Ce peuple-là doit quelque part être encadré. Le travail revient aux formations politiques. Mais elles le font de moins en moins …

professeur kalele: C’est une faille. Mais je crois que le plus grand problème est qu’il faut une direction politique – parce que la liberté s’arrache soit par la voie armée, soit non armée – suppose que les chefs ou leaders du mouvement prêchent eux-mêmes par l’exemple. Ce sont des risques qu’il faut prendre et qui peuvent conduire jusqu’au sacrifice suprême.

Ce qui nous manque réellement aujourd’hui, c’est ce genre de courage.

Les gens peuvent parler, mais ils mettent des gants. Alors qu’il faut prendre des risques dans une manifestation, affronter la police et l’armée et prendre le devant dans une guerre, etc. Nous sommes tombés aujourd’hui dans la civilisation du plaisir, du sexe, de la boisson et de la musique. Il y a un très grand déséquilibre moral. Donc, ce ne sont pas ces leaders efféminés qui peuvent conduire un mouvement révolutionnaire.

4. Faut-il attendre cet homme providentiel ?

professeur Kalele: Dans les années 20, nous avons eu Simon Kimbangu. Quel niveau d’instruction avait-il? Il n’était même pas chaussé. C’est plus tard, quarante ans après que surgit Lumumba, semi-lettré. Après lui, Laurent-Désiré Kabila est venu. Je crois qu’après Laurent-Désiré Kabila, nous aurons quelqu’un d’autre.

5. Revenons au néo-colonialisme auquel nous faisons face. Y a-t-il une relation entre ce qui se passe dans la partie Est de la RDC et le néo-colonialisme ?

Professeur kalele: C’est fondamentalement du néo-colonialisme. Nous avons déjà eu à démontrer à plusieurs reprises que la guerre de l’Est est une guerre économique. Les rapports des experts de l’Onu sur le pillage des ressources naturelles du Congo l’ont réaffirmé.

Tous les rapports qui ont suivi font exactement ce constat selon lequel les multinationales et les Occidentaux, à la recherche des matières premières dont le coltan, avaient décidé de faire cette guerre. Ils ont cherché les acteurs et ont pris le Rwanda et l’Ouganda comme mercenaires.

Ils ont monté les Banyamulenge contre les autres tribus du Kivu. En janvier 2009, M. Sarkozy a même demandé que nous acceptions de partager les richesses avec les voisins.

Mais le travail est confié aux multinationales qui pillent nos ressources. La guerre devient alors du business. La Monuc, présente pour instaurer la paix, ne fait que compter le nombre de civils tués. Par ailleurs, les décisions viennent de l’extérieur. Et plus grave, maintenant, avec la complicité des nationaux civils et militaires.

6. Quel commentaire faites-vous du mandat de la Monuc qui a été prorogé de cinq mois ?

professeur kalele: Sans nous consulter, on a établit pour que la Mission onusienne reste pendant cinq mois. Après le 30 mai, ce mandat va encore être prorogé de 12 mois. Pourquoi ne nous consulte-t-on pas ? Nous revenons au néo-colonialisme. Sans avoir restauré la paix, on augmente le nombre des effectifs, sans nous consulter.

7. Pour vous, cela ne sert à rien … ?

Professeur kalele: C’est pour dire que nous devons nous réorganiser sérieusement, nous réarmer pour arracher une deuxième fois l’indépendance qui soit la vraie. Le budget vous est imposé. On vous interdit même d’augmenter les salaires. Alors quel type d’indépendance avez-vous ? Je ne sais pas ce qu’on va fêter le 30 juin 2010. Il faut commémorer le cinquantième anniversaire de la perte de l’indépendance. Les réalités sont là …

8. C’est une grande fête ? On a décrété l’année jubilaire. Les Congolais sont fiers du 30 juin ?

Professeur Kalele: Je veux bien. Mais cette indépendance est vide. Déjà en 1961, On a tué cette indépendance par la liquidation de ses ténors, les sécessions, la désorganisation, la reconquête économique du territoire, le placement des dirigeants, la liquidation systématique de tous ceux qui tentaient s’affirmer autrement.

Ne faisons pas de la comédie. L’indépendance est à reconquérir. Vous parler de Mulele avec la deuxième indépendance. Un livre a été présenté par la journaliste belge, Colette Braeckman, c’est titré : «La deuxième indépendance du Congo». Le problème est très sérieux .

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