Chapitre 9 : La délivrance
Relaté par Kapena CIBWABWA
Bien qu’ayant à plusieurs reprises entendu témoigner la soeur Lutala Françoise, je ne pouvais tout de même
pas mettre ce témoignage par écrit sans avoir interrogé des témoins oculaires, les acteurs mêmes que Dieu
a utilisés pour sa délivrance.
Ces deux témoins sont :
- Le frère en Christ M’Pongo Moïse, et
- La soeur en Christ Philomène Kaseka.
Kapena Cibwabwa (K.C.): Pasteur M’Pongo, d’après la soeur Lutala, vous êtes L’une des deux personnes
dont te Seigneur S’est servi pour sa délivrance. Pouvez-vous nous relater comment Dieu vous a demandé
d’accomplir cette oeuvre?
Pasteur M’Pongo Moïse (M.M.): Merci, mon bien-aimé frère Kapena, pour l’occasion que vous me donnez de
parler de cette oeuvre grandiose, pour la première fois après tant d’années. C’est par prophétie que Dieu
nous avait demandé d’intervenir.
Vers le mois de mai 1983, je me trouvais à Masina, au quartier Sans Fil, où je dirigeais une église locale. Il
m’arrivait souvent de me rendre au quartier chic de Righini dans la zone de Lemba, où habitait ma soeur en
Christ Philomène Kaseka, pour aller lui rendre visite. Le 19 mai, après un long temps d’absence, je suis donc
allé lui rendre visite chez elle. Elle m’accueillit par ces paroles:
- Sois béni, mon frère, puisque tu viens de la part de Dieu. Il y a deux jours, le Seigneur m’a parlé dans une
vision nocturne. Dans cette vison, j’ai vu la carte politique de mon pays, le Zaïre, suivie d’un gros plan sur la
région de Kivu. Je remarquai qu’il y avait un gros serpent enroulé autour de l’une des sous régions, celle de
Maniema.
J’ai demandé au Seigneur ce que cela signifiait. Le Seigneur me donna l’interprétation de la vision: « Le
grand serpent que tu vois, c’est le diable. Il est en train de séduire beaucoup de monde dans cette partie du
pays. Si je t’ai montré ces choses, c’est que j’ai une importante mission à te confier. Descends vite à cet
endroit pour glorifier mon- Nom! » Je répondis au Seigneur: « Mais je suis une femme! Ta Parole m’interdit de
prendre autorité sur un homme (I Timothée 2:12). Il n’y a pas que des femmes dans cette sous région! » Le
Seigneur me dit: ‘Tu n’iras pas seule. Dans deux jours, je t’enverrai mon serviteur, M’Pongo Moïse. Ce sera
un signe de ma part. Arrange-toi Pour lui payer son billet de transport. » J’ai reçu ce message le 17 mai. Deux
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jours après, comme me l’a dit le Très-Haut, te voici, après avoir disparu pendant je ne sais combien de
temps!
Après avoir entendu la soeur Philomène, je lui demandai de m’accorder un temps de prière: « Non pas que je
doute de tes paroles, mais simplement pour me mettre dans l’ambiance du Saint-Esprit. » Je fis un jeûne de
deux jours, au terme duquel Dieu confirma la prophétie en mettant en moi une forte conviction.
La soeur Philomène était certaine de mon accord. Sans me consulter, elle avait déjà acheté deux billets
d’avion Kinshasa-Kindu, le 20 mai 1983. Deux jours après ma conversation avec elle, le 21 mal, je me rendis
de grand matin à Righini. J’avais emporté tous mes effets de voyage. Ma décision était de ne rentrer qu’une
fois la prophétie accomplie. « Es-tu prêt pour le voyage? » me dit-elle en m’accueillant à mon arrivée chez elle.
- Quel voyage? Je n’ai pas de billet de transport.
- Tout est réglé, par la grâce de Dieu. Nous avons les billets. Debout! En route pour l’aéroport!
K.C. : Une fois à Kindu, chez qui êtes-vous descendus? Aviez-vous un point de chute pour débuter vos
services?
M.M. : Une fois les formalités terminées à l’aéroport, nous avons traversé le fleuve Lualaba par le bac de
Kindu. Puis nous sommes allés au chef-lieu de la zone de Kasongo, dans la sous-région de Maniena. C’est
là que se trouvait notre point d’attache. En effet, à Kasongo vivait un pasteur qui nous connaissait depuis le
temps de notre groupe de prière situé sur la 9e rue à Kinshasa-Limete. Dieu sait arranger les choses, mon
frère. Ce pasteur était le représentant légal de toutes les Assemblées de Dieu de la sous-région!
Puisqu’il nous connaissait en notre qualité de serviteurs de Dieu, il ne s’opposa pas à notre demande de
travailler au sein de l’église qui lui était confiée.
Même envoyés par Dieu, ce que nous nous gardions de révéler, nous ne pouvions pas commencer des
réunions sans nous remplir encore davantage de l’Esprit du Seigneur, dans la prière. Nous avons observé
trois jours de jeûne et de prière. Nous avons commencé par faire des séminaires bibliques dans les églises
avant de faire des croisades d’évangélisation. Dieu glorifia le Nom de Son Fils au travers de notre ministère
là-bas. Il y eut beaucoup de miracles: les Paralytiques marchèrent, les sourds entendirent, les aveugles
recouvrèrent la vue, ceux qui étaient possédés par des esprits impurs furent délivrés. C’est surtout cette
dernière catégorie qui était la plus nombreuse.
Les gens, apprenant ce que le Seigneur faisait au travers de notre ministère, amenèrent de nombreux
malades et démoniaques. Et Dieu les guérissait tous! Quelle joie pour nous de voir ces démoniaques, venus
littéralement enchaînés, s’en aller libres, leurs chaînes sur l’épaule en signe de témoignage! Oui, le Seigneur
avait accompli pour moi Sa Parole, qui dit, dans Lue 10: 2: « La moisson est grande, mais il y a peu
d’ouvriers. Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. »
A voir combien de gens acceptaient le Seigneur, cela ne faisait que confirmer les paroles du Maître de la
moisson!
Notre travail ne se limitait pas à Prier pour les malades. Nous parcourions à pied de grandes distances pour
atteindre des églises éloignées de
Kasongo. Nous confiions ceux qui étaient sauvés les, responsables des églises, non sans les avoir
recommandés à la garde du Saint-Esprit.
Nous ne manquions pas de leur rendre visite chaque fois que l’occasion se présentait, pendant tout le temps
que nous avons passé dans cette sous région, c’est-à-dire un mois.
K.C. : Si je comprends bien, c’est durant cette période que vous avez fait connaissance de la soeur Lutala
Françoise? Pourriez-vous éclairer les lecteurs sur les circonstances dans lesquelles vous l’avez connue, et
donner sa description physique?
M.M. : Bien, mon frère, que Dieu vous bénisse pour la question! Parmi ceux que le Seigneur avait délivrés
au travers de notre ministère, se trouvait une jeune femme de Shabunda, qui est aussi la zone d’origine de
la soeur Lutala. Cette soeur avait été délivrée d’un esprit impur qui la tourmentait depuis longtemps. Une fois
de retour chez elle, elle informa les parents de Lutala de ce que le Seigneur avait fait dans sa vie. Elle ne
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manqua pas de leur dire que nous nous trouvions à Kasongo, à environ 90 kilomètres de là. Partant de sa
propre expérience, elle parvint à convaincre les parents de Lutala de l’amener, non e Tanzanie, mais là où
nous nous trouvions, à Kasongo.
Un dimanche soir, le pasteur Sansaku, qui nous accueillait, la soeur Philomène Kaseka, et moi-même, nous
revenions de Mitende, localité située à 7 km de Kasongo, où nous avions été prêcher la Parole de Dieu dans
l’une des paroisses des Assemblées de Dieu.
Après avoir parcouru cette distance à pied, à l’aller comme au retour, nous étions fort fatigués. Arrivés à
Kasongo, nous avons trouvé un groupe constitué d’un homme et de quatre femmes. L’une d’elle attira tout
particulièrement mon attention.
Elle était très maigre. Elle avait les cheveux ébouriffés et sales. Ses yeux étaient enflés et son regard était
hagard. Malgré sa maigreur, sa poitrine était très enflée, à la manière d’une femme qui allaite. Elle portait
une robe très sale en lambeaux. Ses jambes et ses pieds étaient tellement enflés qu’il n’était pas besoin de
faire appel à un médecin pour diagnostiquer un éléphantiasis.
Malgré son état lamentable, elle traînait à ses pieds une chaîne longue d’au moins cinquante centimètres,
dont les deux extrémités étaient attachées à chacun de ses mollets. Elle avait tout d’une folle.
J’appris plus tard que ce groupe venait de Shabunda. Je ne sais combien de temps ils avaient mis pour
parcourir cette distance à pied. Nous étions le dimanche 10juin 1983.
La délivrance
K.C. : Jusque là, vous ne connaissiez pas le mobile de leur visite?
M.M. : En voyant la personne que je viens de décrire, je compris vite qu’elle avait besoin d’une prière de
délivrance. Compte tenu de l’heure tardive et de la fatigue qui gagnait mon corps, je murmurai en moimême:
« Pourquoi ne pas attendre demain pour la délivrance de cette femme? » C’est alors que le Saint-Esprit
me dit clairement: « Pourquoi voulez-vous compromettre mon oeuvre? »
Convaincu de l’appui du Seigneur, je demandai à ma compagne de voyage d’entretenir la nouvelle venue
sur la repentance et le pardon des péchés, le temps de me retirer pour demander non la volonté, mais la
direction du Seigneur.
En effet, mon jeune frère Kapena, le service de délivrance nécessite beaucoup de prière (Marc 9:29).
Je rejoignis la soeur Philomène, une fois ma prière terminée. A son tour, elle se retira pour prier. En
attendant son retour pour commencer la prière de délivrance, j’entrepris de sonder la soeur Lutala. Je lui
posai certaines questions en rapport avec la Parole de Dieu. Ses réponses démontraient une résistance
farouche à la Parole de Dieu.
Le Saint-Esprit m’interdit de continuer à lui poser des questions. J’avais vite compris que ce n’était pas elle
qui répondait, mais les mauvais esprits en elle. Ne pouvant rien tirer d’elle, je me tournai alors vers ceux qui
l’avaient amenée. Je leur demandai pourquoi il avait fallu enchaîner une personne dans cet état. « C’est
parce qu’elle a souvent l’habitude de fuir. Un jour, elle a disparu sans que personne ne sache dans quelle
direction elle était partie, pour qu’on puisse la rechercher. Cela a été un coup dur pour la famille. Au bout de
trois mois, on l’a retrouvée seule dans la forêt. Une autre fois, on la retrouva dans un cimetière, après trois
semaines d’absence! Elle aurait pu fuir en cours de route, c’est pourquoi nous l’avons enchaînée. »
« C’est difficile de vous répondre. Depuis à peu près,’ trois mois, on ne la voit presque plus manger. Mais
nous remarquons pourtant qu’à certaines heures de la journée, elle fait les gestes de quelqu’un en train’ de
prendre un repas. Elle porte quelque chose à la bouche, et ses mâchoires remuent. Elle mange des plats
invisibles. Voici bientôt trois mois qu’elle ne touche pas aux aliments que la famille lui apporte, et elle n’en
est pas morte! »
Je leur dis: « Seul le corps de votre soeur la relie encore à notre monde visible. Les démons qui sont en elle
l’empêchent de prendre tout contact normal avec le monde visible, celui des hommes normaux. D’où ces
excursions involontaires dans les endroits déserts, comme les forêts et les cimetières. Elle ne peut rien
manger car elle est en plein dans le monde des esprits, le deuxième monde… Toutefois, ayez confiance en
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Dieu, et priez beaucoup. Jésus-Christ, qui est venu détruire les oeuvres du diable, libérera votre soeur de
toute l’emprise du diable, ce soir-même! »
La soeur Philomène revint, et nous débutâmes ensemble la prière de délivrance. Ainsi, lorsque les gens
apprirent notre retour de Mitende, ils accoururent de partout pour suivre la délivrance « en direct. » Plusieurs
dans la foule la reconnaissaient comme étant une ancienne religieuse catholique. Certaines mères se
frappaient la poitrine de douleur, en se souvenant de la grande beauté passée de Lutala, qui était D’autres
regrettaient le fait qu’elle n’avait même pas pu profiter de ses études supérieures, à cause de ses
interminables maladies. Il y avait enfin celles qui la plaignaient d’avoir perdu en un seul jour ses quatre
enfants et, un peu plus tard, son mari. Voyant l’état de possession avancé de la soeur Lutala, j’avais eu la
présence d’esprit d’écarter la foule, de peur que les mauvais esprits, une fois chassés du corps de Lutala,
n’entrent dans les nombreux païens qui se trouvaient dans la foule. Je parle bien des païens, puisque les
véritables enfants de Dieu sont couverts par le sang de l’Agneau de Dieu. Comme la foule refusait de
s’écarter, je restai calme, et j’eus alors l’idée d’amener Lutala un peu plus à l’écart, derrière la maison de
prière que nous appelons l’église. Une fois dehors, nous avons, avec la soeur Philomène, demandé à Dieu
de nous assister de Son Saint-Esprit, et de nous recouvrir du sang de JésusChrist, nous et tout le groupe qui
était autour de nous, pendant tout le temps que prendrait la délivrance.
En regardant cette femme étendue sur le sol, mon coeur se brisa en pensant aux souffrances endurées par
le Christ pour notre délivrance!
D’une voix autoritaire, j’ordonnai aux démons de se présenter. Ils s’exécutèrent en déclinant chacun son
identité et sa fonction. Vous ne devez pas oublier que je ne me trouvais pas en cet endroit par ma volonté
propre. Voici le dialogue qui s’ensuivit entre d’une part les démons, qui s’exprimaient par la Bouche de
Lutala, et le Saint-Esprit, qui parlait au travers de notre humble personne:
- Je m’adresse à vous, démons qui êtes logés dans son corps. Je vous ordonne de vous présenter chacun
par son nom et par l’oeuvre qu’il est en train d’accomplir. Pour commencer, répondez-moi, combien êtesvous?
- Tuwuku mingi. (Cela signifie en langue swahilie: « Nous sommes nombreux. » Puisque je ne comprenais pas
le swahili, ce fut la soeur Philomène qui me servit d’interprète pendant la délivrance. Elle me traduisait en
Lingala.)
- Combien êtes-vous?
- Nous sommes deux-cent-dix démons.
- Que faites-vous en aussi grand nombre?
- Mais c’est notre demeure!
- Son corps est le temple du Saint-Esprit. Il n’est Pas votre demeure!
- Elle est notre épouse.
- Elle est maintenant enfant de Dieu et non votre femme.
- Si elle était enfant de Dieu, nous ne serions pas ici.
- Qui êtes-vous, vous qui répondez à mes questions?
- Je suis le chef, Je m’appelle Ilongo.
- Ilongo, depuis combien de temps es-tu dans ce corps?
- Je suis là depuis longtemps.
- Que fais-tu ici?
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- Je suis chez moi ici. Celle-ci est ma femme.
- Ilongo, es-tu l’esprit d’un mort, ou d’un vivant qui pratique sa magie dans le corps de cette femme?
- Je suis mort depuis longtemps.
- Pourquoi as-tu élu domicile dans ce corps?
- Je ne peux pas te répondre…
- Ilongo, ton nom m’indique que tu es Zaïrois.
- De quelle région étais-tu?
- De la région de Mbandaka.
- De quel clan, de quelle tribu?
- Tu me fatigues avec toutes tes questions! De toutes façons, Je ne te répondrai plus.
- Ah bon, tu ne veux plus me répondre? Eh bien, nous allons voir! De toutes façons, sache que je ne suis
pas ici pour converser avec toi, mais pour te déloger. Sors de ce corps maintenant, au nom de Jésus-Christ!
La voix qui sortait de la bouche de Lutala n’avait rien de la voix d’une femme malade. La voix d’Ilongo était
bien celle d’un homme aux tonalités viriles.
Une fois le nom de Jésus-Christ prononcé, le visage de la soeur Lutala se déforma. On aurait dit un fauve
prêt à agresser sa proie. Le démon commença à lancer des cris aigus. Je m’adressai à la soeur Philomène
qui se trouvait à mes côtés, et je lui dis:
- Persévérons dans la prière. Ne nous laissons pas distraire par les grimaces de ce démon. Il faut u’il sorte
de ce corps, au nom de Jésus-Christ.
Ensemble, nous fîmes une puissante prière autorité, en ordonnant au démon d’évacuer ce corps, au nom de
Jésus-Christ. Dans un moment de forte onction spirituelle, je m’adressai au mauvais esprit en lui ordonnant
de sortir de ce corps et d’aller dans les lieux arides, au nom de Jésus-Christ. Il me répondit:
De grâce, ne m’envoie pas là-bas! Envoie-moi plutôt dans ces arbres!
- Dans ces arbres, pour que tu ailles ensuite retourner dans un corps humain?
- De grâce, envoie-moi dans ces arbres!
Je me souvins alors du lieu réservé au diable et à ses démons (le lac de feu, Apocalypse 20: 10). Je crus
bon de lui commander d’aller dans ce lieu:
- Sors de ce corps, et va dans le feu éternel réservé pour vous!
- Non, le feu n’est pas encore ouvert. Je ne peux pas y aller.
Je dis à Philomène:
- Ne l’envoyons pas dans le feu éternel, puisqu’il n’est pas encore ouvert.
Puis je dis au démon:
- Si tu ne sors pas, au nom de Jésus-Christ, et si tu ne vas pas dans les lieux déserts, je vais invoquer sur toi
le feu du ciel, et il te consumera, toi et tes acolytes. Sors, au nom de Jésus-Christ, et va-t-en dans les lieux
arides!
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Cette fois, il sortit au nom de Jésus-Christ. Il projeta à terre Lutala, enroulée sur elle même, à une distance
de près de trois mètres. Je ramenai Lutala à l’endroit où nous nous trouvions.
Frère Kapena, sais-tu qu’une personne sans Christ est un homme aride, un homme spirituellement mort? Il
représente un endroit propice pour le diable et ses démons. Un homme qui n’a pas en lui la Parole de Dieu
est un lieu aride. Ilongo résistait parce que tous les lieux arides autour de nous étaient couverts par le sang
de l’Agneau de Dieu. D’où son insistance à aller même dans les arbres. Ce qui signifie que, lorsque il s’est
trouvé dehors, il n’a pas dû aller très loin.
Le second esprit qui se présenta était celui de la grand-mère de Lutala. Celle qui lui avait donné le pouvoir
de domination. Elle ne s’exprima ni en Lingala ni en Swahili, mais en Ki-Rega. Ce fut la fille du pasteur
Sansaku qui nous servit alors d’interprète. Nous eûmes confiance en sa fidélité, car elle n’était pas la seule à
comprendre cette langue parmi nous. Lorsque nous lui avons donné l’ordre de sortir, après qu’elle se fut
présentée, elle répliqua:
- J’ai des enfants. Comment pourrai-je sortir sans eux?
- Combien d’enfants as-tu?
- J’en ai quatre.
- Qui en est le père?
- Je ne peux pas révéler le nom de leur père. Plutôt partir que de vous dire à qui ils appartiennent. D’ailleurs,
je m’en vais! Mais je ne m’éloignerai pas trop d’elle. Je sais qu’elle se met facilement en colère. Dès qu’elle
se fâchera, je ne manquerai pas de rentrer!
- Je t’interdis de rentrer en elle, au nom de Jésus-Christ!
-Je pars, je pars, je m’en vais…!
Et elle partit. Je compris alors que la colère était l’une des portes qui donnaient accès aux démons. Cela
m’aida à comprendre pourquoi la plupart des personnes sauvées, lors des campagnes d’évangélisation au
Pont Kasa-Vubu, rechutaient tout aussi rapidement que le Seigneur les avait guéries. C’était à cause de la
colère. Comme ils avaient été mal instruits, les démons retournaient en force dès qu’ils se mettaient en
colère. Paul de Tarse le savait, c’est pourquoi il nous conseille de ne pas laisser passer la nuit sur notre
colère (Ephésiens 4:26).
Paul savait qu’il était utopique d’interdire à un être humain de se mettre en colère. Comme il connaissait la
faiblesse humaine, il nous a laissé ce conseil pratique.
Puis vint le tour d’un autre démon, qui s’appelait François. C’était un européen, un parisien, à en juger par
son français impeccable. Le Français me priait de ne pas l’importuner en faisant trop de bruit. Je lui dis:
- Tu n’as pas le droit de m’imposer quoi que ce soit! Ce n’est pas ta demeure! Sors, au nom de Jésus-Christ!
Il partit sans mot dire. Il ne projeta même pas Françoise à terre, comme l’avaient fait les esprits de ces
nègres!
Vous comprendrez qu’il ne m’est pas possible de vous raconter la sortie des 2 10 démons! Je vous dirai
seulement que seuls le premier et le dernier démon firent preuve d’une certaine résistance. Le dernier
démon était l’esprit d’une femme.
A mon ordre de sortir, au nom de Jésus, l’esprit de cette femme me répondit:
- Doucement! Nous sommes entre nous!
- Entre nous qui?
- Entre nous, chrétiens!
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- L’esprit d’un chrétien ne peut pas habiter dans le corps d’une autre personne. Sors!
- Comment sortir, puisque je te dis que, quand j’étais vivante, j’étais légionnaire, je priais!
Je ne voulus pas écouter ce que me disait ce dernier esprit, car j’avais compris qu’il voulait simplement nous
distraire. Je pense que c’était l’esprit d’une femme qui avait dû être très têtue de son vivant. Elle nous prit dix
minutes avant de sortir. Elle était bien le dernier esprit à sortir, car nous les avions tous inscrits sur une liste.
Comment ai-je su que ma soeur était totalement délivrée de ses hôtes indésirables? Après la sortie de la
« légionnaire, » je demandai au corps étendu à terre:
- Y a-t-il un autre démon dans ce corps?
- C’est moi, Lutala.
- Lutala, quelle Lutala? Où habites-tu?
- J’habite Shabunda, ma zone d’origine.
Elle déclina son identité complète. Je lui dis:
- Comment es-tu venue ici?
Elle se mit debout. Tournant les regards autour d’elle, elle vit les membres de sa famille. Elle les pointa du
doigt, et dit: ‘Voici ceux qui m’ont amenée. »
C’était bien là le signe qu’elle était délivrée. Je conclus alors que ma soeur avait bien repris le contrôle de
ses sens, de son corps et de son esprit.
Une fois encore, j’invitai la soeur Philomène à prier avec moi pour invoquer le sang de Christ sur Lutala, afin
que les démons ne puissent plus revenir, de peur que sa dernière condition ne soit pire que la première, ce
que nous ne souhaitions aucunement!
Après avoir un peu récupéré, je demandai à Philomène d’aider Lutala à prendre un bain. Une fois sa toilette
terminée, on lui remit une robe propre. Ainsi vêtue, la soeur Lutala reprit des couleurs humaines. Elle devint
alors présentable.
Nous passâmes ensuite à table. Elle mangea de bon coeur, à la grande joie, mêlée d’étonnement, de ceux
qui l’avaient accompagnée. Chose étrange, une fois la table débarrassée, Lutala se mit à témoigner devant
la foule qui avait assisté à sa délivrance. Les gens suivaient avec beaucoup d’attention ce qu’elle leur disait.
Cette même nuit, on nous amena d’autres malades, que le Seigneur, égal à Lui-même, guérit tous. Cette
journée mouvementée s’acheva dans une louange extraordinaire en l’honneur du Seigneur des seigneurs et
Roi des rois. Il était 20 heures 30 lorsque nous eûmes terminé.
Baptême par immersion au nom de Jésus-Christ
La pensée de devoir ainsi abandonner notre soeur nous préoccupait. Nous ne voulions pas laisser une
nouvelle convertie au Seigneur sans encadrement adéquat. Nous devions déjà partir trois jours plus tard.
Nous décidâmes alors, la soeur Philomène et moi, d’administrer le baptême chrétien à Lutala. C’était sans
compter sur sa réaction. Le lendemain matin, je l’exhortai sur la nécessité du baptême d’eau par immersion
au nom de Jésus.
Elle me posa une foule de questions, malgré tout ce que le Seigneur venait de faire dans sa vie, par
l’intermédiaire de notre ministère, et pas plus tard que la veille. Elle refusa de se faire baptiser. Prétextant
son ancienne appartenance au couvent, elle me dit qu’il n’était pas question qu’elle se fasse rebaptiser.
Je pris le temps de lui expliquer en quoi consistait le baptême chrétien. C’est l’engagement d’une bonne
conscience envers Dieu (1 Pierre 3:2 1). Ce n’est pas le baptême seul qui sauve. Le baptême est un acte
publie de foi dans le Seigneur. Il faut d’abord croire en Jésus-Christ. Une fois que l’on a cru, pourquoi passer
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par le baptême? Jésus dit, dans Marc 16:16: » Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. » Cet ordre a
été donné aux apôtres par le Seigneur Jésus-Christ Lui-même, dans Matthieu 28:19, 20: « Allez, faites de
toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à
observer tout ce que je vous ai prescrit. »
Au début des Actes des Apôtres, je remarque que les disciples de Jésus n’ont pas immédiatement exécuté
cet ordre. Pourquoi? Tout simplement parce qu’après Sa résurrection, le Seigneur a conseillé à Ses
disciples de ne pas quitter Jérusalem avant que ne survienne sur eux le Saint-Esprit Consolateur, dont l’une
des innombrables tâches est de nous aider à comprendre les enseignements du Seigneur, et de nous
enseigner sur bien des choses (Lue 24:49).
Une fois que le Saint-Esprit fut répandu, à la Pentecôte, les disciples comprirent tous que Jésus-Christ était
Dieu Lui-même. Pour comprendre ce mystère, il faut que le Seigneur Lui-même nous ouvre l’intelligence (l
Jean 5:20).
J’avais l’impression que mon interlocutrice ne comprenait pas un mot de tout ce que je lui disais.
Vers 10 heures, elle s’excusa, pour aller prendre un peu de repos dans sa chambre. J’acceptai sans peine,
tout en intercédant pour que Dieu ait pitié d’elle, et lui fasse comprendre le bien-fondé du baptême par
immersion au nom de Jésus-Christ.
Voici comment le Seigneur exauça notre prière. Vers 14 heures, Lutala vint elle-même nous trouver pour
nous dire qu’elle était prête pour le baptême: « Je désire recevoir le plus tôt possible le baptême par
immersion. » Je voulus connaître la raison de cette volte-face aussi rapide.
- Oh, pasteur, Dieu m’a parlé!
- Dieu vous a parlé? Comment avez-vous su que c’était Lui?
- C’est simple. A 10 heures, lorsque je me suis retirée dans ma chambre pour me reposer, je me suis
assoupie. Peu après, je me suis retrouvée en songe dans un endroit qui ressemblait à une salle de classe.
Mais une salle de classe étrange, car il y avait un tableau noir sur chaque mur. Chaque tableau était couvert
d’une seule inscription. Partout, je pouvais lire écrit: « Actes 2:38″ « Actes 2:38″ « Actes 2:38″… Je ne
comprenais pas ce que ces écrits signifiaient. Je résolus de venir vous trouver pour que vous m’en donniez
l’explication.
C’est alors que je sentis les forces me manquer, et je m’endormis profondément. J’eus un autre rêve. Je vis,
non plus une salle de classe, mais une grande rivière. Il y avait deux colonnes de gens disposés en file
indienne. Chaque personne devait traverser la rivière en s’y plongeant complètement, pour pouvoir atteindre
l’autre rive. De l’autre côté, il y avait un homme qui portait de nombreux chapeaux de couleur blanche.
Chacun de ceux qui avaient traversé la rivière, après s’y être plongé, recevait un chapeau de l’homme aux
chapeaux. A l’intérieur de chaque chapeau était inscrit le nom de son destinataire.
Je me suis alors approchée de la rivière, et voulus obtenir mon chapeau, mais sans traverser la rivière. Celui
qui se tenait de l’autre côté me dit: « Françoise, ici, de ce côté, ce n’est pas la même chose que là où tu te
trouves. J’ai ici ton chapeau, avec ton nom écrit dedans. Mais, pour le recevoir, il faut que tu plongés dans la
rivière comme tout le monde. Je revins en arrière, et pris ma place dans la file avec les autres. Quand vint
mon tour de plonger pour aller récupérer mon chapeau, c’est alors que je me suis réveillée.
Il n’était pas nécessaire d’être prophétesse pour comprendre que ce message m’était destiné. Pasteur, je
tiens à recevoir mon chapeau blanc. Je désire donc ardemment être baptisée par immersion au nom de -
Soeur Françoise, veux-tu me faire croire qu’après tout ce temps passé au couvent, tu ne sais pas que ce
passage biblique se trouve dans le livre des Actes des Apôtres, au second chapitre, et au verset 38?
- Non, pasteur!
- Soeur Philomène, lis-nous Actes 2:38!
La soeur Philomène S’exécuta: « Pierre leur dit:
Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés,
et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »
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Vers 15 heures, nous allâmes à un ruisseau, il était situé à 5 kilomètres de notre agglomération. La Bible dit
bien que « Jean baptisait à Enon, près de Salim, car il y avait beaucoup d’eau » (Jean 3:23).
Il n’était donc pas question pour nous de nous contenter d’asperger un peu d’eau sur la tête de Lutala,
comme le font certaines Eglises traditionnelles, ou même de faire une ablution semblable à ce qui se
pratique dans le judaïsme ou l’islam.
Il y avait trop peu d’eau dans le lit de ce ruisseau. Ma soeur Philomène et moi, nous avons creusé à la main
le lit du ruisseau, afin d’obtenir un creux suffisant pour immerger complètement la soeur Lutala,
conformément aux Saintes Ecritures. Puis, je l’ai baptisée au nom de Jésus-Christ, après lui avoir demandé
si elle voulait abandonner le diable et ses oeuvres pour se tourner vers le Seigneur Jésus: ‘Acceptes-tu
Jésus-Christ comme ton Seigneur et Sauveur? » En me répondant « Oui, » elle confirma ainsi que son
immersion dans l’eau était une représentation de sa mort en Jésus-Christ. Elle acceptait aussi le fait que
Jésus-Christ était mort pour elle.
Cela signifiait que Lutala était morte aux péchés, bien que vivant encore dans le monde. La sortie de l’eau
représente la résurrection de Christ, la victoire sur lé péché et sur la mort. Ceci préfigure aussi l’enlèvement
de l’Église, lorsque Christ viendra prendre les siens pour les faire monter dans les nuées à Sa rencontre!
Combien ces choses sont claires!
Le baptême du Saint-Esprit
De retour à la maison, nous avons prié Dieu pour que le Seigneur Jésus-Christ baptise notre soeur dans
Son Esprit. « Lui (Jésus), il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu » (Matthieu 3:11). Après l’imposition des
mains, le Seigneur la baptisa instantanément dans Son Esprit. Pour nous enlever toute crainte, Il lui fit don
d’une langue, ce qui nous combla de joie. Lutala se mit alors à prier dans une langue inconnue, à notre
grande satisfaction, et à l’étonnement des profanes.
Mais la soeur Philomène se sentit frustrée, du fait que le Seigneur ne lui avait pas encore fait ce don, bien
qu’elle ait reçu le baptême dans l’Esprit. Par là, je compris que le Seigneur Jésus-Christ voulait nous faire
comprendre que le baptême du Saint-Esprit ne se limitait pas au seul parler en langues! Toutefois, six ou
sept mois plus tard, la soeur Philomène reçut également le parler en langues. Mais la soeur Philomène se
sentit frustrée, du fait que le Seigneur ne lui avait pas encore fait ce don, bien qu’elle ait reçu le baptême
dans l’Esprit. Par là, je compris que le Seigneur Jésus-Christ voulait nous faire comprendre que le baptême
du Saint Esprit ne se limitait pas au seul parler en langues! Toutefois, six ou sept mois plus tard, la soeur
Philomène reçut également le parler en langues.
La soeur Françoise se mit aussi à prophétiser, et à interpréter elle-même son parler en langues. De sa
bouche, sortit ce message: « Je suis l’Eternel! Je suis l’Eternel! Je ne change pas! Je suis l’Eternel, et je ne
changerai pas! » Je répondis: « Amen! Il est celui qui était, qui est, et qui vient! L’Eternel des Armées est Son
nom, l’Alpha et l’oméga! »
La veille de notre départ, Françoise priait déjà pour les malades, et le Seigneur glorifiait son Nom par toutes
sortes de miracles et de guérisons.
Nous savions que nous devions la laisser sous la protection du Saint-Esprit, mais cela nous chagrinait de
l’abandonner ainsi sans encadrement. Nous la priâmes de nous rejoindre à Kinshasa dès la première
occasion.
Nous quittâmes Kasongo le 13 Juin 1983, pour arriver à Kinshasa le 24, après avoir fait une escale de trois
jours à Bukavu, de trois autres jours à Goma, et de quatre jours à Kisangani.
Deux jours après notre arrivée, alors que nous nous trouvions en pleine réunion de louange, nous
entendîmes frapper à la grande porte. Je quittai la réunion pour aller voir ce qui se passait, et je vis la soeur
Lutala dans l’embrasure de la porte! Nous nous embrassâmes longuement, puis j’appelai la soeur Philomène
Kaseka. Ce fut pour nous une joie immense, que nous partageâmes avec les frères et les soeurs qui étaient
en prière avec nous.
K.C. : Elle qui ne connaissait pas la ville, comment a-t-elle pu atteindre aussi facilement Righini?
M.M. : Ce fut un grand miracle! Je peux sans hésiter vous répondre que ce fut l’Ange de l’Eternel qui la
guida. Elle nous raconta comment elle arriva:
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- Une fois les formalités de l’aéroport de N’Djili terminées, j’entendis un chauffeur de taxi crier: « Lemba,
Lemba, Lemba! » Je m’approchai de lui et lui demandai s’il connaisait une Philomène Kaseka. L’homme me
répondit qu’il connaissait bien moi. Je répondis que je n’étais pas pressée, puisque j’étais arrivée à
Kinshasa. Le conducteur me déposa la dernière, comme il l’avait dit, au 104 de l’avenue Bokombe, quartier
Righini, à Lemba. Lorsque je suis entrée, j’ai rencontré le pasteur sur le pas de la porte!
Les embrassades terminées, la soeur Philomène et moi sortîmes du jardin pour payer la course, récupérer
les valises et remercier le conducteur. A part les valises de la soeur Françoise, nous ne trouvâmes plus
personne. Il n’y avait même pas les traces de roues d’un véhicule! La voiture et son conducteur avaient
disparu! Calmement, nous récupérâmes les valises de la soeur Françoise, dont aucune ne manquait. Quand
nous fûmes retournés dans la « chambre haute, » l’intensité des louanges augmenta! Tout le monde se rendit
compte que c’était Dieu qui avait disposé d’un ange et de son véhicule pour conduire Sa fille à bon port!
Le lendemain, nous rendîmes témoignage dans notre assemblée, sur la 90 rue, à Limete. Le 30 juin 1983, la
soeur Françoise rendit son premier témoignage au Palais du Peuple à Kinshasa.
K.C. : Donnez-moi le mot de la fin, pasteur!
M.M : Habacuc 2:3 nous dit ceci: « C’est une prophétie dont le temps est déjà fixé, elle marche vers son
terme, et elle ne mentira pas. Si elle tarde, attends-la, car elle s’accomplira, elle s’accomplira certainement. »
Nous sommes restés cinq ans avec elle, l’instruisant le mieux que nous avons pu. Nous avons même
organisé des campagnes d’évangélisation et des séminaires bibliques dans plusieurs villes du pays, parmi
lesquelles Kikwit, Bandundu, Lubumbashi, Kananga, Mbuji-Mayi, Kolwezi, Likasi, etc…
Partout où nous sommes passés, elle témoignait, et le Seigneur était glorifié. Beaucoup d’âmes sont venues
au Seigneur, et c’est l’essentiel. Nous sommes restés avec elle jusqu’au jour où nous avons vu un
évangéliste itinérant venir la demander en mariage. Il exerce son ministère en collaboration avec le Centre
d’Evangélisation Béthel. Nous les avons exhortés, et nous les avons priés d’aller voir les parents de
Françoise à Shabunda pour verser la dot et accomplir les autres formalités. A leur retour, leur mariage fut
célébré avec faste à la Cité Béthel. C’est dans ce Centre que ce couple merveilleux sert aujourd’hui le
Seigneur.